Thèse sur un homicide, Diego Paszkowski

Voici un livre qui va vous rendre schizophrène. Le pire étant bien sûr que vous allez y prendre goût. Thèse sur un homicide raconte l’histoire d’une rencontre, d’une obsession, et d’une certaine idée de la justice.

L’éminent Professeur Roberto Bermudez enseigne le droit  pénal quelques heures par semaine à Buenos Aires. Il est assez à cheval sur son tempo, plus qu’honorable : il n’a pas besoin d’argent, n’enseigne que deux heures par semaine, mais exige que ses classes ne dépassent pas quinze futurs avocats d’élite scrupuleusement ponctuels. Adepte de whisky, il ne trouve le réconfort que dans cette boisson, à condition qu’elle soit de valeur, et servie avec un bouchon particulier.

Le professeur va rencontrer un élève non moins particulier, Paul Besançon, venu de France, et dont il connaît le père pour l’avoir fréquenté. Rien d’extraordinaire dans la rencontre d’un professeur avec son élève, si ce n’est que l’élève en question fomente depuis son départ pour l’Argentine un crime pointilleusement orchestré, et perpétré sur une parfaite innocente, visant cependant son professeur et son idée que la justice triomphe toujours. Nul mystère n’est fait dans cet ouvrage : un crime sera commis. Ce qui est absolument passionnant ne réside donc pas dans le mystère en question, mais dans la façon dont le crime est perpétré, dans toute la subtilité des obsessions (car elles sont finalement plusieurs) qui sont exposées ici. De quelle nature est donc cette passion de l’élève pour les vieilles Renault 21 ? Pourquoi vouloir à tout prix prouver que la justice n’existe pas, ou n’est pas parfaite (ce qui revient au même) et faire de longues études en en finissant major de promo afin d’y parvenir ? Quelle est donc, enfin, cette obsession quasi truculente pour Juliette Lewis, qui sera à la fois l’idéal féminin, le fantasme, la victime et la pénitence du meurtrier ?

Enfin, le véritable génie de Diego Paszkowski dans Thèse sur un homicide réside très certainement dans sa langue. Il faudra sans doute remercier également pour cela Delphine Valentin, la traductrice, qui a oeuvré avec un grand talent pour nous donner la chance de percevoir toutes les subtilités de cette narration à double voix. Dès le premier chapitre en effet le futur assassin est perçu comme fou, déversant son histoire et ses idées sans point, dans un élan quasi démoniaque. La transition avec le récit du professeur ne fait aucun doute : nous sommes ici face à un homme en pleine possession de sa raison, auquel on pardonne un goût trop prononcé pour le whisky. Mais au fil des pages…. et à mesure que le crime se rapproche, les paroles du professeur s’emballent, et alors face à la justice, on se prend à confondre les propos du professeur et de l’élève, tant leur façon de s’exprimer se rejoignent. Ou comment donner de l’aplomb à son personnage par le seul langage. Bravo.

Thèse sur un homicide, Diego Paszkowski, La dernière goutte, octobre 2013, 205 pages, 18 € – Traduction de Delphine Valentin

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.