[Analyse] Zulu, de Jérôme Salle

Chasseur blanc, cœur noir

 Deux policiers, un blanc et un noir, enquêtent sur le meurtre d’une jeune femme au cœur d’une Afrique du Sud encore traumatisée par l’Apartheid. Cette enquête va entraîner les deux hommes dans une lutte éperdue contre le mal mais aussi contre eux-mêmes.

Après notamment Anthony Zimmer et deux opus des aventures de Largo Winch, Jérôme Salle revient sur le devant de la scène avec l’adaptation du roman noir éponyme de Caryl Ferey, moult fois récompensé. Le but avoué du cinéaste : porter à l’écran un polar sortant des sentiers battus, avec en point d’orgue une réflexion axée sur la vengeance et son absurdité.

 A première vue, le thème et les archétypes connaissent pourtant une approche très balisée. Orienté buddy movie, deux flics que tout oppose coopèrent sur l’investigation d’un assassinat sauvage et se retrouvent confrontés à un vaste complot. L’un des deux, campé par Orlando Bloom, endosse le rôle de l’alcoolique de service abandonné par sa famille et au bord de la rupture. Bon, question originalité on a vu mieux, partir d’un postulat simple c’est efficace mais là, la recette a un goût suranné.

  Cependant cette désagréable saveur s’estompe rapidement, d’abord grâce à l’interprétation impeccable des deux acteurs principaux. Si celle de Forest « Bird » Whitaker n’est en rien étonnante, celle d’Orlando Bloom est carrément bluffante dans un rôle à contre-emploi qui lui sied à merveille cassant définitivement son image de gendre idéal hollywoodien.

 Qui plus est sans devenir un auteur incontournable, Jérôme Salle s’affirme au moins comme un honnête faiseur par sa gestion des environnements. Le décor sud-africain, entre grands espaces sauvages et ville encore loin d’être pacifiée, rappelle de temps à autre l’univers de l’Ouest américain. De plus sa caméra filme assez efficacement le contraste saisissant entre villas fastueuses et bidonvilles sans tomber dans un cliché social des plus grossiers. En outre le choix d’utiliser les deux protagonistes presque systématiquement séparément éloigne le côté buddy movie que le spectateur pouvait craindre à la base. Enfin, Salle choisit une mise en scène sans concession, optant pour une violence graphique aussi viscérale que le malaise vécu par chaque personnage à l’écran.

 Malgré ces points positifs, un sentiment d’inachevé vient gâcher le plaisir final. Avec un tel matériau, des personnages aussi bien ciselés et des acteurs aussi performants, on était en droit d’attendre bien plus qu’un honnête produit. La faute sans doute à une gratuité malvenue aussi bien dans le traitement de la violence que dans celui de la vengeance somme toute très convenu. La scène de la plage en est le plus bel exemple, la surenchère brise finalement l’âpreté voulue par le metteur en scène. D’autant plus dommageable que la course poursuite finale d’une beauté elle à couper le souffle fait peser un sentiment de léger gâchis de l’ensemble (scène qui n’est pas sans rappeler celle d’ouverture de Créance de sang de Clint Eastwood).

 Zulu parvient difficilement à passer le cap des promesses et des bonnes intentions, car sans un être un ignoble ratage, il donne l’impression d’une œuvre certes visible mais indolore et inodore.

 Film français de Jérôme salle avec Forest Whitaker, Orlando Bloom, Konrad Kemp. Durée 1h50. Sortie le 4 décembre 2013

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About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre