L’énergie : à la fois une grandeur physique et un défi pour notre siècle.


Le 13 mai dernier, je me suis rendue à la dernière conférence de Parenthèse Culture, au très sympathique campus Eiffel à Paris. Cette fois, Etienne Klein, physicien et chercheur au CEA, tenait les rennes de cette séance dont le sujet était « L’énergie : à la fois une grandeur physique et un défi pour notre siècle. ». Bien sûr, le thème de cette soirée s’installait parfaitement, une fois encore, dans les grandes révolutions scientifiques, philosophiques du temps présent.

J’avais été enchantée par le sens inouï de la pédagogie dont Luc Ferry fait preuve lorsqu’il explique et expose ses théories sur un sujet complexe en un temps chronométré. Tout comme lui, Etienne Klein disposait d’une heure pour faire le tour de son exposé, et il a su s’y astreindre d’ailleurs peut-être un peu mieux que son collègue philosophe, pour le moins plus désordonné. 🙂 Monsieur Klein étant plus mathématique et pragmatique que rêveur n’en est pas moins, dans un tout autre genre, un excellent pédagogue lui aussi.

Une fois encore on se trouve dans une salle avec un public très intéressé, attentif et respectueux, et la conférence est un pur régal. J’avoue que j’avais un peu peur d’assister à une conférence sur les problèmes de notre génération vus par un physicien. D’emblée le sujet semble intéressant, mais j’avais peur de ne pas tout comprendre. C’est peu dire qu’il me manquait quelques bases, mais durant toute la conférence on a pu absolument compter sur Etienne Klein pour les rappeler brièvement, ce qui annihile totalement toute possibilité de s’égarer.

J’ai donc appris ce qu’étaient réellement l’énergie fossile (80% des énergies utilisées à l’échelle planétaire sont des énergies de ce type, soit le pétrole, le charbon, etc..), et ce qu’est l’énergie de masse (nucléaire..). J’ai appris que sur les 20% de l’énergie de masse utilisée à l’échelle planétaire, l’énergie nucléaire ne représente que 5%. A se demander comment peut-on produire aussi peu d’énergie finalement avec toutes ces centrales installées dans le monde entier.

Sur l’ensemble de la population mondiale, 1,3 milliards de personnes ne connaissent pas le courant. Enorme ! Entre ceux qui n’y ont pas accès et ceux qui en profitent pleinement dans les pays développés, 2,7 milliards y ont très difficilement accès. Donc, à peu près la moitié de la population mondiale seulement utilise pleinement les ressources énergétiques de la planète, et à eux seuls, ils arrivent à épuiser petit à petit cette énergie. Une constatation plutôt grave si l’on ajoute à cela, comme le dit Etienne Klein, que certains scientifiques prévoient une population mondiale atteignant 12 milliards de personnes en 2040. Il est évident que les 4 milliards de plus ne pourront pas s’ajouter aux « consommateurs réguliers » d’énergie sans incident. Là, le physicien en vient au problème majeur qui nous concerne :

Deux contraintes nous préoccupent aujourd’hui : les stocks d’énergie s’épuisent, il y a raréfaction des sources d’énergie potentielles en la matière des énergies fossiles (80% des sources utilisées, rappelons-le). La deuxième contrainte étant que cette consommation crée une modification du climat. On passe sur le fait que les gens consomment peut-être trop… tout court.

Ces deux difficultés sont bien présentes aujourd’hui, et identifiées, ce qui amène heureusement à une prise de conscience de notre génération et de celle d’avant. Et si auparavant on se penchait plutôt sur de nouvelles méthodes de consommation, et une modification des sources, on part aujourd’hui vers une adaptation à cette situation nouvelle, à laquelle il faut faire face en trouvant de nouvelles idées. Les idées de notre génération en ce qui concerne ce problème conditionneront le mode de vie des générations suivantes, et c’est un point sur lequel Etienne Klein a insisté avec un brin d’humour : quand on nous prête un appart avec un frigo plein et qu’on le vide, la moindre des corrections et de le remplir avant de partir. 🙂 Ca m’a bien plu.

J’ai appris à propos de la notion d’Energie plusieurs autres choses intéressantes : d’abord, c’est un mot grec au départ qui existe depuis des siècles. Mais il n’a pas toujours fait partie du vocabulaire scientifique, qu’il n’a intégré qu’en 1717 : à ce moment, sa signification est le produit de la force par le déplacement (travail mécanique). Au temps de l’aristotelisme, il s’agissait du passage de la puissance à l’acte. Il y a donc eu un déplacement de sens qui s’est encore métamorphosé de nos jours, où l’on considère que l’énergie est synonyme de force, de puissance, de vigueur, d’élan, de dynamisme et de volonté… bref, aujourd’hui, l’énergie veut dire beaucoup de choses…. au moment où nous constatons que nous allons en manquer. Ironie du sort ou de l’histoire ?

Elle devient un concept central que 150 ans plus tard, où l’on constate que l’énergie ne disparait pas puisqu’elle est transmise quelque part ailleurs, par l’interaction de deux systèmes. C’est ici que j’ai appris une autre chose à propos de l’énergie : on ne la crée pas, elle ne disparait pas. Elle se transmet. Ce qui se raréfie, ce n’est pas l’énergie à proprement dit, ce sont les sources d’énergie. L’énergie, elle, reste la même. C’est apparemment un concept en physique qui est une contrainte assez forte dans tous les calculs. L’énergie n’est donc pas non plus renouvelable : il s’agit là d’un abus de langage. L’énergie se définie par le fait qu’elle se conserve, précisément. On ne maîtrise pas l’énergie : on ne la consomme pas, on ne la crée pas : elle change de forme. Quand on pense en dépenser pour regarder la télévision, elle se transmet en réalité au téléviseur.

Elle est à dissocier par exemple de la puissance, qui est l’un de ses dénominateurs, mais ce n’est pas la même chose. Le frottement de l’eau sur une pédale mécanique donnera d’autant plus d’énergie que la puissance, la vitesse de l’eau sera forte.

Je pourrais en dire des tonnes sur cette conférence qui était vraiment passionnante. Je vais simplement ajouter une définition que j’ai apprise, et qui me parle assez, bien que dans un domaine différent d’habituellement. Il s’agit de l’entropie. L’entropie est la capacité d’un système à se transformer. Un système a une entropie qui atteint forcément, à un moment donné, un maximum qu’il ne peut dépasser. Or, plus l’entropie d’un corps est grande, moins ses perspectives d’évolution sont élevées, bien évidemment. C’est un peu le principe d’une batterie de nokia 3310 : plus elle est chargée, moins vous pouvez espérer la charger, puisqu’il y a un maximum qui ne peut être dépassé. Plus sa batterie est vide en revanche, et plus ses perspectives de charge sont grandes. Quel rapport avec l’énergie ? Et bien puisque l’énergie se dégrade, il y a une entropie qui se crée. Plus elle se dégrade, plus son entropie a de belles perspectives.

En tout cas, lorsque les politiques parlent d’énergie renouvelable, il s’agit d’abus de langage : c’est la source dont elle est extraite qui est renouvelable, ou qui doit évoluer. Cependant, dégrader l’énergie est irréversible.

Dans le monde d’aujourd’hui, je pense en tout cas qu’il faudrait revoir notre consommation. Comme le dit Etienne Klein, aujourd’hui un litre d’essence équivaut à 7kWatts. Un KW est vendu 10 centimes chez EDF. Pour les populations dont le pays est développé, en réalité, ce n’est rien. A ce prix 1,3 milliards d’êtres humains n’y ont pas accès, et 2,7 milliards y ont accès très difficilement. On continue cependant de produire et consommer en masse des produits tels que les yaourts, qui font en moyenne 3500 kms (il faudrait là calculer le carburant nécessaire à ce parcours pour se rendre compte de l’absurdité de la chose) pour parvenir au consommateur. En quelques mots : le jour où il n’y aura plus de source d’énergie pour satisfaire cette moitié de la population mondiale qui s’en réjouit chaque jour, elle deviendra plus chère. Et lorsqu’elle sera plus chère, il faudra renoncer à ces yaourts qui coûtent beaucoup de carburant, et renoncer par conséquent à la mondialisation.

Le petit bonus de cette conférence ? C’est d’apprendre que les panneaux solaires, qui représentent une alternative silencieuse aux éoliennes, sont en réalité fabriqués avec des matériaux rares et de surcroît polluants, tels que le plomb. Je n’en avais absolument jamais entendu parler. Les usines se trouvent principalement en Chine et en Inde, et on doit s’attendre d’ici quelques années à connaître là-bas un scandale sanitaire de plus…

Pendant cette conférence, et grâce à Etienne Klein, j’ai eu quelques idées. On ne peut pas stocker l’énergie, nous dit-il. Si on actionne deux systèmes pour en générer, on ne peut pas la stocker mais il faut l’utiliser tout de suite. Quelque chose me dit qu’il y a là quelque chose à faire du côté du métro, des salles de sport…. etc. 😉

Une conférence passionnante une fois encore, et j’espère bien me rendre à celles de l’année prochaine puisque Parenthèse Culture continue pour une saison 2014/2015 !

About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.