Yamabuki, de Aki Shimazaki

Dans presque toute la littérature japonaise, et surtout chez Aki Shimazaki, on part d’un constat situé dans le temps présent pour explorer finalement un passé comportant mille secrets qui amènent à réfléchir sur la condition des femmes au Japon, et le statut de la famille.

Yamabuki ne déroge pas à cette règle. L’auteur a choisi pour ce roman une narration à la première personne, se glissant dans la peau de Aïko Toda, qui a divorcé il y a de nombreuses années, brisant un mariage «arrangé» à la japonaise, pour accepter d’épouser ensuite dès le premier rendez-vous un homme qu’elle avait rencontré dans le train qui la ramenait vers Tokyo.

Cet homme est un authentique samouraï, un homme qui a participé à la reconstruction économique du pays en devenant cadre commercial pour une des plus grosses compagnies connues : Goshima. Ensemble, ils coulent désormais des jours paisibles, à la retraite depuis plusieurs années.

Ce que va raconter Aïko, c’est le courage qu’il faut avoir pour briser des traditions héritées depuis des siècles dans un Japon asservi par les convenances. C’est aussi la volonté d’un peuple à reconstruire ce qui a été détruit, et plus largement conquis et transformé par les Eats-Unis après la guerre. Ce qu’elle raconte, c’est cette capacité à rester fort et à décider des choses pour soi malgré des traditions oppressantes. C’est aussi la place faite aux femmes stériles dans un pays où l’on considère qu’une trentenaire qui n’est pas encore devenue mère n’est pas une femme convenable pour la famille.

Avec Tsuyoshi Toda, elle vient de passer près d’un demi-siècle à préserver un bonheur sans faille malgré sa stérilité.  On sent que le récit s’avance vers un bouleversement auquel le personnage semble s’attendre sans y penser réellement. Aki Shimazaki fait ici preuve une nouvelle fois de son talent de narratrice : c’est encore avec douceur, pudeur, mais avec détermination qu’elle convoque à la fois sujets de société, histoire, féminisme et un amour incroyable pour son pays. On apprécie particulièrement aussi le glossaire, très utile et enrichissant pour comprendre et s’imprégner des termes employés par l’auteur pour qualifier certains des aspects de la vie japonaise.

Encore une pure merveille qui vient ici clore le cycle romanesque «Au coeur de Yamato».

Yamabuki, Aki Shimazaki, Actes Sud, 144 pages, Avril 2014, 13, 80€

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.