Les cyprès de Patmos, Antoine Silber

Voilà bien la saison idéale pour lire Les Cyprès de Patmos, de Antoine Silber, à qui le récit personnel convient décidément à merveille.

Il nous emmène cette fois sur l’île de Patmos, en Grèce, même si l’on s’approche davantage de la côte Turque, pour nous raconter l’histoire de la maison qu’il y a acheté avec son épouse. Avec la délicatesse et la poésie qu’on lui connait, Antoine Silber prend le temps de nous émouvoir, puis de nous faire rire avec ses coups de coeur et ses petites misères au beau milieu de l’île de ses rêves. Car c’est parfois au coeur des paysages les plus paradisiaques, ceux que l’on reconnaît comme un chez soi inattendu, que l’on trouve parfois des sujets d’angoisse dominant toute rationalité.

C’est ici, sous cette lumière fabuleuse, qu’Antoine Silber va vivre des mésaventures domestiques et connaître l’inquiétude amoureuse tout en même temps. Ici qu’il éprouvera la détestation des chèvres innocentes mais ravageuses, à cet endroit qu’il refera la mythologie d’une grotte, se découvrira des véléités de propriétaire contrarié. Ce qui devait être un refuge deviendra le chantier d’une reconstruction tant matérielle que sentimentale, le lieu des rêves poursuivis par les peurs, mais aussi un lieu de grâce et de plénitude solitaire.

Le récit est semé de rencontres improbables et drôles, où l’on découvre une Grèce accueillante et joliment déconventionnée. En Grèce, tout est possible tant qu’on l’a rêvé !

Aventures immobilières et paysagères rythment ce texte, qui se trouve par ailleurs une autre voie au travers d’une histoire d’amour mise à l’épreuve d’un lieu aussi intime que géographique. A mesure que les choses deviennent physiquement possibles, l’homme devient mentalement impossible. Sous le regard d’un Pope improbable qui semble ne rien voir, se redessinnent alors d’autres possibles.

Un texte d’une belle sensibilité, touchant, qui porte au rêve et au voyage. A lire absolument, que vous soyez séduit par la Grèce ou non.

Les Cyprès de Patmos,

Antoine Silber,

Arléa,

Janvier 2014.

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.