Othello, mort à Venise

Le destin tragique d’Othello, brillant tacticien freiné par ses origines maures, et de sa compagne Desdémone. Trahi par ses proches, il se retrouve entraîné dans la spirale de la jalousie et de la violence…

Passionné de théâtre, Orson Welles s’est donc attaqué à cette adaptation de la pièce éponyme de Shakespeare. Déjà par le passé, il avait interprété plusieurs œuvres du dramaturge anglais dont Roméo et Juliette et mis en scène d’autres pièces avec l’aide de Laurence Olivier. En outre bien avant Othello, il avait déjà porté sur grand écran Macbeth en 1948.

Pourtant l’accouchement d’Othello ne fut pas sans douleur. La production n’hésita pas une seconde à couper les budgets, effrayée il est vrai par la démesure du projet du cinéaste. C’est d’ailleurs la fortune personnelle de ce dernier qui finança en grande partie le tournage.

Résultat, si les mauvaises langues diront « beaucoup de bruit pour rien », on assiste tout du long à une fresque baroque et enflammée rendant hommage à la folle passion de la pièce d’origine. Et si Othello n’atteint pas les cimes du Hamlet de Laurence Olivier, il n’en demeure pas moins un film essentiel de la carrière du réalisateur. Certes, ce n’est pas Citizen KaneLa soif du mal ou encore la Splendeur des Amberson. Certes, on peut regretter le rythme effréné durant l’exposition et les vingt premières minutes. Pourtant, jamais Welles ne trahit par son jeu l’œuvre originale, aidé en cela par des acteurs au sommet. Les fastes du décor, impressionnants pour l’époque, ne supplantent jamais la tragédie qui se déroule sous nos yeux. La déchéance provoquée du meilleur des hommes, par passion, inéluctable, est ordonnée d’une main de maître. Tout semble couler de source au sein de cet engrenage diabolique, jeu de dupes malsain qui ébranlera et provoquera la chute de chaque protagoniste.

Jamais condescendant avec le spectateur, toujours fidèle malgré quelques maladresses, Welles signe une histoire entre grandeur et décadence à l’image de ses personnages et déclare un amour inconditionnel au théâtre à l’instar de son contemporain Mankiewicz.

Film américain d’Orson Welles avec Orson Welles,  Michael McLiammoir, Robert Coote. Durée 1h35. Ressortie 14 mai 2014

Articles relatifs :

About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre