La mort aux trousses, Alfred Hitchcock

En quatrième vitesse

Suite à une confusion, Roger Tornhill, publicitaire estimé, se retrouve impliqué dans une sombre machination qui va le mener aux quatre coins des Etats-Unis.
Avec trois films successifs, Alfred Hitchcock a bouleversé la face du cinéma de genre. Entre 1958 et 1960, il signe Vertigo variante inventive du film noir, le présent La Mort aux trousses qui va codifier le film d’aventures dans les années soixante et soixante-dix et enfin Psychose, le premier véritable slasher.


Pourtant lorsqu’il met en branle La Mort aux trousses son empire vacille ; Vertigo vient de subir un échec cuisant au box-office. Fait aujourd’hui considéré comme amusant, quand Vertigo est considéré par nombre de cinéphiles comme l’un des sommets de l’Histoire du septième art. Avec l’aide du scénariste Ernest Lheman, il va faire souffler un vent épique sur le cinéma hollywoodien et le public va d’emblée adhérer à cette folle chevauchée plus proche de certains westerns que du film noir traditionnel.


Et (re)découvrir ce monument en version 8k aujourd’hui permet d’apprécier un travail technique de restauration remarquable (tant la qualité de l’image approche la perfection) et ainsi d’appréhender l’œuvre dans une copie irréprochable.
Le film quant à lui n’a pas perdu ses qualités après cinquante ans. S’il commence avec plusieurs ingrédients du film noir, il se transforme peu à peu en œuvre aventureuse extra-large baladant son héros de remous en tumultes lors d’un voyage initiatique : Tornhill deviendra homme ou ne survivra pas. Même si cet aspect est le chantre maintes fois mis en avant du long-métrage, il ne faut point oublier les autres qualités intrinsèques qu’Hitchcock sut mettre en avant. Tout d’abord une narration à la fluidité remarquable, parfaitement adaptée au déroulement trépidant du scénario. Ensuite l’ampleur du périple, Cary Grant aussi bien pourchassé dans des champs que sur le mont Rushemore. Enfin la mise en avant de petits détails parfaitement orchestrés à l’image du quiproquo d’ouverture, savoureux à souhait. En outre, Cary Grant répond à merveille dans le rôle de Tornhill, le comique ingénu doit montrer les crocs et démontre l’étendue de sa palette de jeu.
Œuvre palpitante dont beaucoup s’inspirent encore aujourd’hui, La Mort aux trousses oublie souvent l’esbroufe contemporaine au profit d’une mise en scène parfaitement magnifiée par le talent conteur du cinéaste britannique. Un chef-d’œuvre éternel.

Film américain d’Alfred Hitchcock avec Cary Grant, Eva Marie Saint, James Mason. Durée 2h16. Ressortie le 30 juillet 2014

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.