Grotte, de Amélie Lucas-Gary

Pour décrire le roman de Amélie Lucas-Gary, un premier opus assez remarquable pour qu’il soit confortablement installé dans nos pages, nous aurions pu nous contenter d’évoquer la richesse de sa plume, sa délicatesse, son humour, vanter le sujet qu’est ce gardien de grotte. Le narrateur est en effet le gardien de la «grotte originale», puisqu’une copie occasionnant de nombreuses visites a été créée spécialement pour protéger la première. S’il est reclus, c’est un peu par nécessité, beaucoup par désir semble-t-il, son caractère faisant de son métier le métier idéal.
En lisant Amélie Lucas-Grenier, on pense un peu à Jean-Louis Bailly (publié chez L’Arbre vengeur), ou encore à Pierre Luccin (republié chez Finitude). Il y a dans la langue de cet auteur quelque chose de légèrement désuet, et précieux.
Loin de s’engouffrer dans des circonvolutions farfelues et insensées, l’auteur imagine à l’intérieur de cette grotte des situations allant de l’absurde au burlesque, en passant par le mystérieux, sans jamais se perdre ni égarer son lecteur. Le narrateur prend ainsi toute son ampleur, se dévoile au fil des pages, et devient ce personnage qui hantera les esprits.
Il nous faut alors louer l’écriture de l’auteur, qui par un mécanisme ingénieux parvient à rendre son personnage aussi sérieux que sont incongrus et inattendus les visiteurs de la grotte. Par quelle tricherie machiavélique, par quel tour de magie Amélie Lucas-Gary arrive-t-elle à maintenir ce cap impérieux et paradoxal du badinage doublé de sincérité ?
Si la Grotte était un lieu de rencontre, il faudrait parler de celle d’une plume appliquée, rigoureuse, poétique et libre.

On ne remerciera jamais assez les petits éditeurs comme Christophe Lucquin de savoir et oser débusquer des plumes pareilles à celle d’Amélie Lucas-Gary.
La Grotte dont il est question devait être un lieu de solitude absolue, et le monde s’y réfugie pour de multiples raisons, comme dans tous les lieux reclus et exceptionnels ramenant à des temps plus anciens. On pense y retrouver l’essentiel, on y côtoie tout ce qui nous désespère, nous effraie, nous accule.
Le livre contient en arrière-plan une véritable réflexion sur le besoin de découvrir, de posséder, de conserver, quitte à jouer le jeu de la duplicité.

C’est splendide et inattendu, une belle découverte pour cette dernière rentrée.

Grotte, Amélie Lucas-Gary, Christophe Lucquin Editeur, Août 2014, 176 pages, 15 euros.

About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.