La langue des oiseaux, de Claudie Hunzinger

Une vieille maison perdue au milieu de la montage et la forêt. Le refuge de ZsaZsa, la quarantaine, qui vient de quitter Paris, son amant et son boulot, pour faire une pause et retourner à une vie plus simple et authentique, pour étudier les oiseaux et la langue chinoise. Parallèlement, elle vient de publier son premier roman ; Zsa-Zsa vit en littérature. Mais c’est aussi une femme de son temps, et l’isolement a ses limites : la connexion Internet.


C’est lors d’une visite fortuite sur Ebay qu’elle découvre un magnifique blouson de cuir dans une description hors du commun. L’annonce la séduit tout autant que le vêtement. Elle est rédigée dans une langue étonnante, travaillée mais fragile et tout à fait inventive. Fascinée par ce court texte aux allures poétiques et impertinentes, ZsaZsa achète le blouson et en profite pour complimenter cette Kat-Epadô sur son écriture.
Commence alors une correspondance par email entre la narratrice et la vendeuse, qui se trouve être une femme Japonaise qui a quitté son pays et sa langue, pour se réfugier en France et qui vend sa collection de vêtements Comme des garçons pour survivre. Les deux femmes ont fait ce même choix de quitter une vie devenue impossible. Elles se trouvent chacune en situation de fragilité et de disponibilité, ce qui les rapproche. Et effectivement, au fil de ces petits messages échangés au compte-goutte d’abord, un lien se crée (pour reprendre ce principe de la langue des oiseaux), un mélange de curiosité, de fascination et de doute. Un peu comme dans le début d’une relation amoureuse, où l’on a soif d’apprendre la vie de l’autre, tout en craignant d’être trop intrusif, trop pressant.
« Le mutisme est ma seule beauté. »
Mais ce qui brouille un peu les liens et les rôles ici, c’est que la narratrice y trouve finalement matière à écrire. Ce personnage, Sayo de son prénom, et sa situation sont propices à l’imaginaire, et pourquoi ne pas commencer un second roman ?
Claudie Hunzinger, comme à son habitude, fait la part belle à la nature et à cette ambiance de retraite solitaire. Mais elle ouvre aussi son récit avec cet étrange lien qui se noue entre les deux femmes, au point qu’elles vont finir par se rencontrer et fuir ensemble un hypothétique ennemi qui la/les pourchasse.
Avant de plonger dans la cavale, le récit alterne les échanges à distance par lesquels on voit les deux femmes s’apprivoiser lentement, et les pensées de la narratrice qui oscillent entre des bribes de son enfance ou de sa vie parisienne abandonnée, son nouvel état de femme en solitude campagnarde, choisie et salvatrice, et de nombreuses réflexions autour de la langue et des mots.
Finalement, l’histoire de ces deux femmes, c’est la langue. C’est par elle qu’elles se rencontrent, par elle qu’elles s’accrochent, Zsa-Zsa admirant la fraîcheur de l’écriture de Sayo, cette dernière revivant d’être lue et appréciée, tout cela redonnant le goût de l’écriture à Zsa-Zsa. Bref, c’est par les mots, dits ou non-dits, qu’elles revivent et tentent de retrouver leur liberté…

La Langue des oiseaux, de Claudie Hunzinger
Editions Grasset, 260 pages, 18€

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