L’odeur du minotaure, de Marion Richez

Marjorie est une petite fille, une adolescente, puis une femme à qui la vie sourit. Elle sait prendre ses décisions seule, va tout droit, fonce et réussit. Petite, c’était déjà comme ça. C’est à l’aube de l’indépendance qu’elle s’affranchira davantage, refusant de voir sa vie menée par celui qu’elle croyait être son futur époux, lui qui croyait que tout lui était dû, y compris sa réussite à elle : ou comment s’aveugler sur ses propres incapacités. Elle fait ses valises : et réussira seule, quitte à l’afficher publiquement.
Parvenue à un poste à responsabilités dans un ministère, elle possède un véhicule que chaque homme pourrait lui convoiter, symbole de sa réussite sociale, elle lui ressemble : elle fonce, va droit, et possède une carapace indestructible.


Un jour, tout bascule. Le choc est plus complexe qu’il n’y parait. Ce n’est pas la perte d’un pilier qui fait vaciller Marjorie. Ce n’est pas non plus la fureur d’un homme aux velléités nauséabondes, ce n’est pas le meurtre du mâle de la forêt qu’elle va percuter dans la nuit, et qui n’appellera plus, par sa faute, attisant en elle une culpabilité sans bornes. Ce qui fait plier Marjorie est peut-être l’ensemble de ces forces se conjuguant pour la ramener à l’essentiel, la faire plonger en elle à la conquête de quelque chose qu’elle perçoit sans le comprendre. Un événement enfoui, non dit, banni, s’est infiltré dans ses gènes, en a modifié le fonctionnement.

Un premier roman très habile, riche et marquant, qui révèle une nouvelle plume dans le paysage littéraire francophone.

L’Odeur du Minotaure, Marion Richez, Sabine Wespieser éditeur, Août 2014, 69 pages, 14 euros.

Articles relatifs :

About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.