My Sweet Pepper Land, de Hiner Saleem

Au carrefour de l’Iran, l’Irak et la Turquie, dans un village perdu, lieu de tous les trafics, Baran, officier de police fraîchement débarqué, va tenter de faire respecter la loi. Cet ancien combattant de l’indépendance kurde doit désormais lutter contre Aziz Aga, caïd local. Il fait la rencontre de Govend, l’institutrice du village, jeune femme aussi belle qu’insoumise…



L’atout de My Sweet Pepper Land est avant tout sa beauté indéniable. Les paysages y sont exceptionnels et filmés remarquablement. Malgré tout, nous ne sommes pas dans le cinéma esthétisant. Nous sommes au coeur des grands espaces, mais l’histoire nous contraint à l’observation d’un quasi huis-clos, tant les personnages donnent l’impression d’être bloqués avec eux-mêmes dans un petit espace régi par des lois archaïques et immuables.

S’agit-il d’un drame ? D’un eastern ? Si les deux genres se reconnaissent parfaitement dans le style et le tempo de la narration, un certain humour vient confirmer nos présomptions.



Pourtant, rien de plus sérieux que ce conflit entre un shérif qui veut faire respecter la loi à un clan qui depuis des décennies en applique de toutes personnelles, au point qu’à son arrivée, sa tête est déjà en péril. En témoignent les portraits de ses prédécesseurs affichés dans le bureau de police de la localité. A peine débarqué, il faut se dépêcher de prendre sa photo.. on ne sait jamais.

Le conflit qui oppose ce personnage à la mafia locale est exposé en même temps que l’histoire du pays, sa volonté d’indépendance, et ses alliances plus ou moins néfastes et inavouées. Il faut compter également avec ce groupe de femmes résistantes : ici, les femmes n’ont pas la langue dans leur poche.



C’est également le cas de Govend, qui a dû affronter toute sa fratrie, et son père, pour venir enseigner seule dans l’école du village, refusant le mariage qu’on lui imposait.

Car My Sweet Pepper Land est également et avant tout une histoire d’amour et de liberté. C’est ce que l’on doit absolument retenir de ce film qui restera gravé dans la mémoire comme une fable miraculeuse.

Le DVD vient de sortir, et ma foi, on vous conseille de le voir, de l’offrir. C’est un bijou.

My Sweet Pepper Land, de Hiner Saleem, avec Golshifteh Farahani, et Korkmaz Arslan. Chez Memento Films Distribution. 19,90 €.

About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.