Dernier jour sur terre, de David Vann

UN DOCUMENT INEDIT

14 février 2008. Steve Kazmierczak, 27 ans, se rend armé à son université. Entre 15:04 et 15:07, il tue cinq personnes et en blesse dix-huit avant de se donner la mort. À 13 ans, David Vann reçoit en héritage les armes de son père, qui vient de mettre fin à ses jours.



Dans Dernier jour sur terre, David Vann mène une double enquête sur la vie de Steve Kazmierczak et sur son propre passé. Avec beaucoup de tact, et une émotion palpable, il part de leurs enfances respectives avec une question qui reste en suspens : pourquoi, deux adolescents qui ont eu une enfance sinon similaire au moins bordée de violence ont-ils fini par prendre un chemin différent ? Sans se mettre tout à fait dans la peau d’un tueur de masse, et en se gardant bien de commettre des amalgames irrespectueux, l’auteur s’étend sur ces destins qui prennent des voies différentes sans qu’on puisse trouver une quelconque explication. On voit très bien, à travers cette mise en rapport de la vie torturée d’un jeune homme devenue tueur de masse, et d’un jeune homme élevé au fusil dès l’âge de 7 ans devenu auteur de best-seller, toutes les clés de l’oeuvre de David Vann, une oeuvre hantée par les armes, le suicide, la violence.

L’imbrication des deux vies de l’auteur et du personnage devenu sinistrement public en 2008 viennent mutuellement s’éclairer, et éclairent ensemble tout ce qui fait l’univers de David Vann. Dernier jour sur terre se lit tantôt comme un témoignage, tantôt comme une enquête, tantôt comme un roman, avec cette écriture envoûtante que l’on reconnaît entre toutes. C’est une profonde réflexion sur la sensibilité, mais aussi sur la culture des armes aux Etats-Unis, où l’on peut voir, à l’entrée de certaines villes « Les armes sauvent des vies ». Brillant.


Dernier jour sur terre, David Vann, Gallmeister, Septembre 2014, Collection Totem, 256 pages, 10,50 euros.

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.