Mommy, de Xavier Dolan

Tout sur ma mère 

Diane, mère célibataire aux prises avec un adolescent instable et violent, tente de joindre les deux bouts au quotidien. L’arrivée dans leur vie de Kyla, mystérieuse voisine bienfaitrice va-t-elle leur permettre de trouver la stabilité qu’ils recherchent ?

A seulement vingt-cinq ans, Xavier Dolan réalise avec Mommy son cinquième long-métrage. L’heure peut-être de la maturité après un stupéfiant Tom à la ferme pour ce cinéaste surdoué, capable d’attirer louanges et critiques toutes plus ou moins justifiées. Avec Mommy, il repart de la croisette avec le prix du jury quand certains lui prédisaient la Palme d’or…

Si Mommy n’est point l’accomplissement définitif attendu pour Dolan, il constitue en revanche un audacieux champ d’expérimentation visuel où le metteur en scène se risque à jongler avec les codes visuels et narratifs courants. En réduisant le format d’affichage, Dolan invente non plus le hors-champ mais bel et bien le hors-cadre, où chaque personnage, chaque décor s’apprête à jaillir hors de l’écran pour frapper le spectateur de plein fouet. Cette explosion visuelle rejoint constamment les explosions émotionnelles, moments oniriques, de rage ou sentimentaux. Dolan joue au diapason de la corde sensible du public, du septième art en aucun cas indifférent. En prenant un sujet hautement sensible, il mise sur un pari explosif, jusqu’au-boutiste mais soutenu par un facteur d’interprétation de haute tenue. Les trois acteurs principaux font preuve d’un jeu impeccable rendu possible par la verve des dialogues et un script finement ciselé. Pourtant, il arrive de décrocher, quand la barrière si ténue entre talent et artifice se brise ; Dolan n’est jamais si juste que dans sa retenue et rend son sujet hautain quand il abuse d’envolées lyriques par moments inutiles. La force de son cinéma réside dans le subtil alliage entre hors-champ et hors-cadre, mystères visuels et sonores et qu’il accouche à ce moment- là non pas d’une poésie raffinée mais bel et bien d’un cinéma vérité. Il devient par sa direction l’héritier de Cassavettes et ses héroïnes les dignes descendantes de Gloria.

Mommy est un étau, une prison dont les murs ne peuvent être abattus que par la seule force ; la seule façon d’en sortir est d’étirer l’image aux confins de l’écran et de se libérer ainsi des contraintes, des doutes engendrés de l’extérieur et de l’intérieur. Encore une fois, Dolan continue soit d’agacer soit d’enchanter  parce qu’il est sans doute à défaut d’être forcément le plus talentueux, le plus intrépide de la jeune génération d’auteurs d’aujourd’hui. Une qualité qui appartient généralement aux génies ou aux fous. Ou peut-être aux deux… Pari singulier par moments payant, par moments irritant mais ne laissant jamais indifférent, Mommy incarne à merveille les forces et les limites de son géniteur.

Film canadien de Xavier Dolan avec Antoine-Olivier Pilon, Anne Dorval, Suzanne Clément. Durée 2h18. Sortie le 8 octobre 2014

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About François Verstraete

François VERSTRAETE, spécialiste des cultures obliques (manga, comics, SF, JdR, JCC, MMorpg) et du cinéma de genre