Golda Meir, « l’autre dame de fer »

La machine à explorer le temps

 On doit à la journaliste Claude-Catherine Kiejman d’autres ouvrages déjà consacrées à des femmes célèbres, Clara Malraux et surtout Eleonore Roosevelt. Avec cette biographie consacrée à Golda Meir, on change cependant d’échelle car notre auteur s’attaque à une femme politique ayant exercé des mandats politiques. Et il est vrai qu’on ne peut nier à la démocratie israélienne l’innovation d’avoir donné, avant la France et la Grande-Bretagne, une des premières femmes « premier ministre » (désolé d’avance à mes amis féministes de ne pas féminiser la fonction, en vertu des règles de grammaire du français). Cependant, pour bien appréhender le personnage de Golda Meir, le lecteur doit opérer un exercice s’apparentant au voyage dans le temps : comprendre un tel personnage nécessite de contextualiser une époque où l’Etat juif était jugé positivement par l’opinion publique occidentale, où Golda Meir pouvait, par ses apparitions, susciter la sympathie immédiate des foules. Personne (ou presque) ne songeait aux palestiniens et à la colonisation juive de la Cisjordanie. Un continent oublié de notre mémoire en somme…

 Une inconnue nommée Golda…

 Née à Kiev dans l’ancien empire tsariste, Golda Mabovitch émigre adolescente en Amérique, près de Milwaukee. Mais, contrairement à nombre de jeunes juifs américains, Golda est sioniste (tendance socialiste) et accomplit son alyah en Palestine. Accompagnée de son mari, elle rejoint un kibboutz, où elle se fait vite remarquer par ses talents d’oratrice, et entre à la Histadrout, la principale centrale syndicale du foyer national juif. Repérée par David Ben Gourion, elle s’intègre rapidement dans son premier cercle. Après la guerre, marquée par la shoah qui a décimé le judaïsme européen, Golda Meir devient la première ambassadrice de l’Etat juif en URSS. Ben Gourion la trouve cependant trop précieuse et la rappelle pour la nommer ministre du travail.

 Réussites et aveuglements

 Meir réussit beaucoup de choses, dont sa politique de constructions immobilières destinées aux réfugiés d’Europe et aux juifs chassés des pays arabes. Nommée ministre des affaires étrangères, elle s’efface à grand peine devant un grand commis comme Shimon Peres (à quand une biographie de cet homme mille fois fascinant ?) et s’implique dans les luttes du Mapaï (futur parti travailliste israélien). Elle assiste à l’éloignement progressif du fondateur de l’Etat, Ben Gourion, lutte contre ses « fils » (Moshe Dayan et Peres encore une fois). Après la victoire de la guerre des six jours et la mort du premier ministre Levi Eshkol, Meir devient premier ministre. Très populaire, elle doit néanmoins  faire face aux pays arabes (dont l’Egypte de Nasser, puis Sadate), au terrorisme palestinien (attentat de Munich en 1972) et à la fronde des juifs originaires des pays arabes qui accusent le gouvernement de privilégier l’élément ashkénaze (donc de racisme) : la femme d’Etat, avec majesté et autorité, fait front…mais manque de craquer au moment de la guerre de Kippour, qu’elle n’a pas su prévoir, cause de sa démission en 1974. Devenue simple spectatrice, elle rédige ses mémoires (Ma vie, gros succès de librairie). Elle sut aussi trouver les mots pour  s’adresser à Sadate  « de grand-mère à grand père » et l’encourager à conclure une paix à laquelle elle n’avait su travailler…

 A la lecture de cet ouvrage assez complet, on peut se poser la question suivante : que retenir de l’itinéraire de Golda Meir ? Peut-être le souvenir d’une femme courageuse, sioniste engagée (jusqu’à l’aveuglement), de gauche (elle n’apprécierait pas le pays inégalitaire qu’est devenu Israël), capable d’une autorité qui s’impose à tous (un exemple pour mes amies féministes). Elle est devenue une tranche d’histoire d’Israël, et du monde aussi. A lire donc.

 Sylvain Bonnet

 Claude-Catherine Kiejman, Golda Meir, Tallandier, ISBN 9791021001367,  janvier 2015, 336 pages, 20,90 €

About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire, auteur de nouvelles et collaborateur de Boojum et ActuSF.