Goat Mountain, David Vann

Chez David Vann, c’est parfois la mort et son horreur qui révèlent la vie et sa beauté. C’est ce qui arrive à ce garçon de 11 ans, narrateur de Goat Mountain. C’est l’ouverture de la grande période de chasse, et celui-ci part avec son père, son grand-père, et Tom, un ami de la famille. Il a 11 ans, il va tuer son premier cerf cette année. Du moins, c’est ce qu’ils croient tous, jusqu’au moment où tout dérape, avant même que la chasse commence.


David Vann reprend ici des thèmes qui lui sont chers, qui habitent sa littérature si cathartique. Les armes à feu, comme dans tous ses romans, tiennent une place importante, et peut-être la première, jouent un rôle déclencheur, donnent la détente de ses histoires. En cela, Goat Mountain serait peut-être le roman que l’on peut relier à tous les autres livres de l’auteur traduits en France jusqu’à aujourd’hui. On y reconnaît ce rapport très particulier au père – celui de l’auteur s’étant suicidé lorsqu’il avait 13 ans, mais il reprend également le thème de la chasse, qu’il a largement développé dans son livre/document « Dernier jour sur terre ».
Dans Goat Mountain, il n’y a pas de suicide. L’insensé ne provient pas du paternel, et la situation ne dégénère pas à cause des parents. Le mal serait au contraire à l’intérieur de cet enfant qui a découvert les armes trop tôt, a été éduqué avec le goût du sang et de la mort, élevé dans le plaisir trop fort de la donner. On pourrait voir dans cette histoire une manière de renverser les événements réels qui ont fait la vie de David Vann. Goat Mountain est le lieu où il s’entrevoie peut-être comme ce qu’il aurait pu devenir, un enfant prêt à tuer sans distinguer les animaux des humains, transposant son goût de la mort à tout ce qui l’entoure, donnant une légitimité à une violence qui ne peut l’être. On pourrait y voir un écho à l’histoire de Steve, ce tueur de masse qui a eu une enfance très violente, mais qui n’a pas su s’en affranchir.
David Vann, avec Sukkwan Island, avait un peu joué cette carte-ci : il avait transformé le suicide de son père en autre chose, lui avait donné une autre cause, et une justification plus intense, sa propre disparition : il s’était donné en échange, du moins en littérature.
Les histoires de Vann sont toujours tragiques. Parce qu’avec les armes, il n’y a pas d’autre issue. La mort, ou son désir, y tient toujours l’un des premiers rôles, et celle-ci est toujours très violente. C’est ce qui donne cette double appartenance (thriller/roman) aux histoires de cet auteur. La différence étant que chacun de ses livres se trouve ancré dans le réaliste, le probable. Il nous prouve une fois de plus, avec Goat Mountain, qu’il joue de ces probabilités, les manipule comme on se laisse envoûter par des fantômes.

Goat Mountain, David Vann, Gallmeister, septembre 2014, 23 euros

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.