Marignan, de Amable Sablon du Corail

« Furia Francese »

 L’histoire-batailles, cette vieille sous-discipline méprisée par certains disciples de l’école des Annales, est de retour ! Amable Sablon du Corail, ancien élève de l’école des chartes et conservateur en chef du patrimoine aux Archives de France, consacre ici un ouvrage à la bataille de Marignan (souvenez-vous de votre vieille institutrice : elle vous disait 1515 et vous répondiez aussitôt Marignan, fier comme Artaban). L’auteur est un spécialiste de la période et a déjà donné un Louis XI assez original. Mais se plonger dans ce haut fait de la Furia Francese avec un regard neuf est-il possible ?

Face aux Suisses

Au premier abord, Marignan, c’est la revanche d’Azincourt : là où la chevalerie lourdement armée avait été défaite par les archers anglais, la bataille de 1515 sonne comme une revanche de l’esprit chevaleresque. On pense notamment à la noble figure de Bayard (en qui les vertus chevaleresques s’incarnent une dernière fois) et au courage de François 1er. Mais si l’image d’Epinal n’est pas sans vérités, il convient aussi d’aller plus loin. Plus prosaïquement, l’auteur nous montre qu’il s’agit  aussi de la victoire d’un Etat moderne, capable de mobiliser d’importantes ressources fiscales pour lever, armer une armée et aussi recruter des mercenaires (les fameux lansquenets allemands)… Voire pour empêcher l’affrontement : on le sait moins mais les négociations avec les cantons suisses manquèrent de peu d’acheter la paix à la veille de la bataille.

Les suisses justement : l’auteur nous peint des fantassins brutaux, violents, courageux, tenant en échec les français sous le règne de Louis XII, le « père du peuple », et rétribués grassement par leurs employeurs successifs. Les suisses furent jusqu’à Marignan les adversaires acharnés de la volonté d’hégémonie française en Italie : la bataille eut comme résultat    de leur imposer une paix qui dura jusqu’à la Révolution.

Les guerres d’Italie, impasse stratégique ?

L’auteur souligne l’âpreté des combats des 13 et 14 septembre 1515 : 12 000 morts au final et pour quel résultat ? Si le duché de Milan redevint possession du roi de France, la décennie suivante vit la montée en puissance du rival de François 1er (prince fascinant sur lequel nous reviendrons), l’empereur Charles Quint, qui, par la défaite infligée aux français à Pavie, mit provisoirement fin au rêve italien. Très provisoirement car la France ne cessa de guerroyer au-delà des Alpes jusqu’aux années 1550. Si la portée stratégique de ce rêve fut quasiment nul, reste qu’il contribua à installer la Renaissance en France et, accessoirement, à révolutionner les arts : Bayard avait du bon.

Amable Sablon du Corail, Marignan, Tallandier, ISBN 979-10-210-0330-9, mars 2015, 512 pages, 24,90 €

About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire, auteur de nouvelles et collaborateur de Boojum et ActuSF.