Berthier

Un inconnu ?

 Parmi les maréchaux de Napoléon, Alexandre Berthier est un des plus méconnus. Contrairement à Masséna ou Davout, il n’a pas remporté de victoires sur le terrain et il n’est pas devenu non plus roi (comme l’ont été Murat ou Bernadotte). Pourtant, en tant que major général de la grande armée, il était celui qui, après Napoléon, donnait consignes et ordres et faisait figure de grand organisateur des campagnes du grand homme. Grâce à Franck Favier, nous découvrons qu’Alexandre Berthier est l’héritier d’une famille tout récemment anoblie par Louis XV : le père, Jean-Baptiste Berthier s’est fait remarquer comme ingénieur géographe et a accompagné les armées royales lors de la guerre de succession d’Autriche. Plus encore, le roi l’apprécie pour ses dons de cartographe et de chasseur, qu’il transmettra à son fils Alexandre. Ce dernier, comme bien d’autres à cette époque, est donc le produit d’une stratégie familiale qui l’amène à intégrer une école d’officiers.

 Jeunesse aventureuse

 Le jeune Berthier s’enthousiasme pour la guerre d’Amérique et participe aux combats, accompagné de son frère. Il sympathise avec les insurgents et se montre réceptif aux idées nouvelles, qui correspondent en partie à l’air du temps des lumières. Berthier va donc logiquement s’engager dans la Révolution de 1789 en intégrant la garde nationale commandée par La Fayette. Mais il sera inquiété à partir de 1792 à cause de la proximité de ses parents vis-à-vis de Louis XV et Louis XVI. Il servira en Vendée, se retirera au moment de la Terreur sur ses terres et sera rappelé après Thermidor pour intégrer l’armée d’Italie. Berthier y fait preuve de ses qualités de chef d’Etat-major et se révèle très vite un lieutenant indispensable pour le jeune général Bonaparte.

 « Je règle mes pas sur les pas de Napoléon » (1)

 Dès lors, Alexandre Berthier attache ses pas à ceux du futur empereur qu’il accompagne partout : Egypte, Italie en 1800, Allemagne, Espagne, Russie… Napoléon, qui l’apprécie et le comble d’honneurs et de pensions, ne le ménage guère et le rudoie même parfois violemment, particulièrement sur le chapitre de sa vie privée. Car le maréchal a une passion : Giuseppa Visconti, marquise italienne rencontrée en 1796 et qu’il ne quittera jamais. Il épousera bien une princesse bavaroise pour complaire à son maître mais ne renoncera jamais à sa maîtresse. Mieux : Giuseppa Visconti deviendra l’amie de la femme de Berthier. « L’amour à la Berthier », écrira Aragon dans la semaine sainte. Berthier ne rejoindra pas Napoléon en 1815, fidèle au serment prêté à un Louis XVIII qui le méprisait, et préfère suivre sa femme en Bavière. Il chute d’une fenêtre et meurt le 1er juin 1815, sans qu’on puisse conclure à un accident où à un suicide…

 Homme attachant, Berthier est sans doute « le héros cornélien » décrit ici avec délicatesse et érudition par Franck Favier. A découvrir.

 Sylvain Bonnet

 (1)   Variation facétieuse sur le titre du film de Remi Waterhouse, je règle mes pas sur les pas de mon père.

 Franck Favier, Berthier, Perrin, ISBN 978-2-262-04194-6, mai 2015, 334 pages, 22,90 €

About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire, auteur de nouvelles et collaborateur de Boojum et ActuSF.