Le petit garçon, de Nagisa Oshima

Les 400 coups

La vie de bohème d’un jeune garçon de dix ans, entraîné par sa famille dans une escroquerie aussi dangereuse pour les autres que pour lui…

 Pour un large public, Oshima est avant tout l’auteur du sulfureux L’empire des sens. Pourtant ce serait à la fois réducteur et injuste de limiter à ce seul long-métrage la filmographie d’un auteur singulier, si éloigné et si proche de ses illustres compatriotes qui l’ont précédé (Ozu et Mizoguchi en tête). Oshima incarna aux côtés de Fukusaku une autre idée du cinéma du pays du Soleil Levant, celle d’une œuvre à la fois âpre et maniérée, pas seulement purement contemplative.

Sa passion pour la gente criminelle, son cynisme et son élégance sont autant de qualités qui traversent ses films comme des ombres fugaces. Inspiré par un fait divers sordide, Le Petit garçon affiche une narration relativement classique pour le cinéaste. Point de fioritures qui émaille le déroulement de l’histoire, mais plutôt une mise en place raffinée des protagonistes et des enjeux pour mieux se concentrer sur l’essentiel. Oshima ne juge jamais d’ailleurs ses personnages pour mieux faire ressortir le caractère glacial de l’ensemble et la cruauté de la situation. Enfant en perdition, épouse incomprise et mari filou, Oshima dépeint ces losers dans un road movie empreint de nostalgie et d’amertume. Les auberges à l’ancienne y côtoient le début de l’urbanisme moderne d’après-guerre, et les arnaques aux automobiles sont les marques d’une ère nouvelle. Au milieu de la folie ambiante, Oshima impose sa patte, distille  une poésie bienvenue et effectue un travail sur les couleurs époustouflant. Le petit garçon est une fable amère sur l’innocence perdue, la fuite en avant de tout à chacun quand le temps passe inexorablement.

Oshima signe ici un véritable chef d’œuvre formel, ne se montre jamais condescendant envers son sujet et laisse une marque indélébile dans l’histoire du cinéma nippon

 Film japonais de Nagisa Oshima avec Testsuo Abe, Tsuyoshi Kinoshita, Akiko Koyama. Durée1h45.1969. Disponible en dvd et blu-ray aux éditions Carlotta

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.