Le collier rouge, de Jean-Christophe Rufin

« Le propre de l’être humain n’est-il pas d’aller au-delà et de pouvoir aussi reconnaître le frère en celui qui vous combat ? »

Dans une petite ville du Berry, écrasée par la chaleur de l’été, en 1919, un héros de la guerre est retenu prisonnier au fond d’une caserne déserte.
Devant la porte, son chien tout cabossé aboie jour et nuit. Une femme s’occupe du chien, attend. Un juge est intrigué par ce coup d’éclat du prisonnier, qui lui vaudra peut-être la mort, au mieux le déshonneur. Le chien a joué un rôle dans l’histoire de cet homme passé de héros à traître. Il est la clé de tout ce qui lie les humains.



Avec Le Collier Rouge, Jean-Christophe Rufin explore l’humanité, en tissant une histoire autour de la guerre, qui très habilement amène à réfléchir sur la nature de l’homme, sur cette fidélité à la nation que l’on appelle patriotisme. Peut-on être fidèle jusqu’au bout à son pays, quand on a finalement trouvé un semblant de paix sur le terrain ? Qu’est-ce que cette fidélité sinon une obéissance sans faille à un système auquel on appartient parfois malgré soi ?

Cette fidélité sans bornes, on la retrouve chez le chien. A la différence de l’animal cependant, l’homme peut se soustraire à une fidélité excessive si elle menace le bon sens et la morale, et seulement s’il en a la volonté et le désir. Un chien obéit coûte que coûte à son maître, si on lui désigne un inconnu comme étant une menace. Partant de ce principe, on pourrait facilement voir la guerre comme une bataille de chiens prêts à tout commettre pour défendre des idées qui ne leur appartiennent pas.

Il n’en faut pas davantage pour comprendre que l’humanité qui est en nous est menacée à chaque instant, dès lors que l’on écoute une instance supérieure… mais étrangement, c’est ce qui fait du chien au collier rouge de Jean-Christophe Rufin un être terriblement proche de l’humain, car au fond, on ne sait quelle part est à attribuer à l’un ou à l’autre. Qui a raison ? Celui qui agit par instinct et obéissance, ou celui qui obéit par choix, envers et contre sa propre morale ?

Le collier rouge est un roman court qui marque l’esprit et interroge. Un coup de Maître où se révèle encore une fois tout l’enjeu de la parole.

Le collier rouge, Jean-Christophe Rufin, Février 2014, Gallimard, 160 pages, 15,90 €

Parution chez Folio également au prix de 6,40 € : 176 pages, sous couverture illustrée, 108 x 178 mm

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.