François Ier

Après avoir publié des biographies de Charles VIII, Louis XII et Henri II, il était logique de voir Didier Le Fur, spécialiste du XVIième siècle français en général et de la propagande royale en particulier, se pencher sur la figure de François Ier, roi idéalisé par bon nombre de manuels scolaires qui retiennent de lui et l’humanisme et les châteaux (dont Chambord) ; roi célébré aussi autant pour ses qualités de chevalier (adoubé par Bayard au lendemain de Marignan, selon certains…) que pour ses conquêtes amoureuses… On oublie volontiers sa captivité après la défaite de Pavie, son zèle contre les protestants et on loue son œuvre culturelle avec la fondation du collège de France : avec François Ier, on est au cœur du travail historique : comment, derrière l’entrelacs de légendes nées de la propagande royale et des traditions historiographiques, retrouver  qui fut ce roi ainsi que les finalités de son action et les motivations qui la sous-tendaient ?

 Animé clairement d’une volonté démythifiante (mais sans se livrer à un portrait à charge à la Franck Ferrand), Didier Le fur s’efforce justement de nous restituer le portrait le plus exact possible du roi et de son action. Y réussit-il ?

Le parcours d’un roi

 Didier Le Fur nous montre dès les premières pages qu’il ne fut pas élevé au début comme un héritier royal (il ne maîtrisait pas le latin et ne savait pas écrire) mais comme un noble de son temps, devant se préparer à se battre pour son roi. Car  François n’était pas destiné à devenir roi de France : les décès successifs de Charles VIII et Louis XII sans postérité masculine l’ont mis sur le trône âgé d’à peine une vingtaine d’années. Sitôt devenu Roi, il reprit  l’ambition de son prédécesseur et était déterminé à reconquérir le duché de Milan, au nom de ses droits et de ceux de sa femme (fille de Louis XII, lui-même héritier de la famille ducale des Visconti). Grâce aux ressources fiscales générées par le royaume, François 1er leva une armée, trouva des alliés et battit les suisses lors de la fameuse bataille de Marignan. Réconcilié avec le pape Léon X, François est alors vu comme le prince idéal, salué par les publicistes et les propagandistes.

 Pour Didier Le Fur, François Ier avait un rêve : devenir l’empereur des derniers temps, l’homme de  l’ultime croisade à l’issue de laquelle le Christ reviendrait sur Terre. Il se présenta ainsi à l’élection impériale, après la mort de Maximilien d’Autriche, animé de cette ambition. L’échec de son entreprise détermina son règne en l’entraînant dans un conflit avec le nouvel empereur, Charles Quint. Le règne de François 1er est un enchaînement de guerres, entrecoupé de trêves fragiles. Le royaume fut secoué par ces guerres, de nombreux nobles y trouvèrent la mort et le Roi dut subir la trahison d’un de ses parents, le connétable Charles de Bourbon. Au final, s’il consolida le royaume et confirma l’annexion de la Bretagne, le règne de François Ier  est celui d’un échec géopolitique face Charles Quint.

 Légendes et propagande

 Ses publicistes, puis les mémorialistes, saluèrent en lui un prince épris de culture et d’art, le fondateur du collège de France. Tout cela repose sur des mythes. Accaparé par les guerres, il  ne fit que ca resser le projet de fonder le collège de France, se contentant de nommer des professeurs de grec et d’hébreu à Paris. S’il a accueilli Leonard de Vinci, son titre de protecteur des arts et des lettres ne résiste pas à l’analyse. Il lui fut donné à sa mort par des mémorialistes zélés, soucieux de flatter la mémoire du prince du plus grand royaume d’Europe.

 Son adoubement au soir de Marignan par Bayard relève quant à et de la volonté de faire oublier que c’était le connétable de Bourbon qui l’avait fait chevalier au moment de son sacre. Or, celui-ci l’avait trahi et était mort en combattant le royaume de France. L’infamie de sa traîtrise ne pouvait rejaillir sur l’honneur du Roi. Sur un plan plus trivial, les conquêtes amoureuses de François Ier  relèvent aussi du mythe. Si l’homme est apparemment mort de la Syphilis, il semble avoir eu beaucoup moins de conquêtes qu’un Henri IV ou qu’un Louis XIV.

 Cette biographie proposée par Didier Le Fur n’est pourtant pas un réquisitoire. Au final, François Ier apparaît comme un homme de son temps, un « roi de guerre » (pour reprendre la formule de Joël Cornette) animé d’une ambition qui était aussi celle de Louis XII et qui fut reprise par son fils Henri II. Il rêva de grandeur et échoua face à la puissance montante du Habsbourg Charles Quint. Pourtant ni l’un ni l’autre ne l’emportèrent de façon décisive car la puissance du Habsbourg reposait sur ses possessions morcelée et un Empire traversé par les querelles religieuses.

 A l’évidence, cette biographie monumentale, pleine d’érudition, fera date. Saluons bien bas l’historien, il le mérite !

 Sylvain Bonnet

 Didier Le Fur, François 1er, Perrin, avril 2015, 1024 pages, 29,50 €

About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire, auteur de nouvelles et collaborateur de Boojum et ActuSF.