Les colonnes infernales, la Vendée à feu et à sang

Un débat toujours brûlant

 Après Jean-Clément Martin et Reynald Secher, voici un nouveau livre d’une historienne encore peu connue du grand public sur la guerre civile en Vendée, sujet ô combien polémique ! au moment du bicentenaire de la Révolution de 1789, certains intellectuels  et historiens, dont Reynald Secher justement, avaient refusé de s’associer aux commémorations en arguant que la Révolution avait engendré un génocide pour les vendéens… Jean-Clément Martin a écrit un livre passionnant sur le sujet pour réfuter cette thèse et « recontextualiser » le conflit vendéen, étroitement lié à la Terreur. Anne Rolland-Boulestreau inscrit sa démarche dans les pas de celle de Jean-Clément Martin et s’attache à l’épisode le plus spectaculaire, celui des colonnes infernales du général Turreau dont le but était clair : écraser la rébellion jusque dans les villages. Le résultat ne fut pas, loin s’en faut, à la hauteur des espérances…

 Les colonnes en action

 C’est le général Turreau qui a l’idée des colonnes devant parcourir le pays pour pourchasser les insurgés. Turreau laisse ses généraux, tant qu’ils ont des résultats,  une large autonomie et c’est là que les massacres commencent. Le général en chef exhorte ses subordonnés à la plus grande sévérité, certaines unités brûlent, violent et massacrent. Anne Roland-Boulestreau n’ignore pas le discours de la convention qui retranchait la Vendée et son peuple du reste de l’humanité mais préfère appliquer aux guerres de Vendée les thèses de George L.Mosse et Stéphane Audoin Rouzeau sur la « brutalisation » des sociétés en guerre et rapprocher aussi les massacres qui se déroulent des logiques développées durant les guerres de religion. Au final, s’appuyant sur les dénombrements et les recensements, Anne Roland Boulestreau estime que les massacres révolutionnaires coutèrent entre 20 et 40% de la population des bourgs vendéens : c’est énorme mais ce n’est pas un génocide. Surtout que la Révolution trouva des soutiens dans les villes vendéennes (après tout, George Clemenceau n’est-il pas issu d’une famille de « bleus » ?).

 La Vendée : un enjeu politique

 Notre historienne exploite aussi la correspondance entre Turreau et ses subordonnés. Tous sont pris dans des logiques politiques, échos des débats sur la Vendée qui traversent alors la Convention. Car la guerre de Vendée est une affaire de Généraux : on expliquera jamais assez combien la Révolution glorifia l’honneur et la gloire acquise sur les champs de bataille, préparant ainsi la voie à l’Empire. En Vendée, les généraux hésitent sur la méthode à adopter. Turreau est le plus politique d’entre eux et fait tout pour bien se voir des comités de la convention qui, avant Thermidor, finissent par réfuter sa stratégie. La République cherche désormais la « pacification » en Vendée, après les massacres, et finira par l’obtenir.

 Voilà un ouvrage intéressant, solide sur la question : à lire bien sûr.

Sylvain Bonnet

 Anne Rolland-Boulestreau, les colonnes infernales, Fayard, avril 2015, IBSN 9782213681511, 336 pages, 21,50 €

About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire, auteur de nouvelles et collaborateur de Boojum et ActuSF.