Les secrets de Vichy, laissons les historiens faire leur travail

Historienne à suivre

On doit à Bénédicte Vergez-Chaignon une biographie très complète sur Philippe Pétain, récompensée l’année dernière par le grand prix de la biographie politique. A raison tellement l’analyse et la précision développée dans cet ouvrage l’ont imposé (après sa synthèse sur les Vichysto-Résistants) comme une des grandes spécialistes de la période. Avec Les secrets de Vichy, point de salut pour les thuriféraires (rares) du régime et les représentants de l’ultra-droite tentés par une réhabilitation de l’Etat français ! En douze chapitres, l’historienne nous propose un ouvrage solide, parfois un peu coup de poing, sur la période.

Des secrets déjà connus ?

 A la lecture, une surprise cependant : rien de ce que révèle Bénédicte Vergez-Chaignon n’est inconnu de la communauté des chercheurs (dont elle fait partie). Aucun auteur sérieux ne peut par exemple remettre en cause la responsabilité personnelle de Pétain  dans la rédaction du premier statut des juifs. Le chapitre consacré à la rédaction des discours du Maréchal est cependant très intéressant, révélant la méthode empirique (voire anarchique) de rédaction, incluant de nombreux rédacteurs (dont un certain Emmanuel Berl pour les premiers). Quant au passage consacré à Joseph Darnand, il est magistral, réussissant à capter les hésitations et les oscillations d’un personnage épris d’action : le chef de la Milice hésita plusieurs fois à rallier Londres et la France libre !

L’erreur de Zemmour

Un chapitre particulièrement intéressant requiert ici notre attention, celui consacré au rôle de Vichy dans la solution finale. Il se veut une réponse à la thèse du bouclier défendu autrefois par Robert Aron et réactualisée par le journaliste Eric Zemmour: Vichy aurait sauvé les juifs français, quitte à sacrifier une partie des juifs étrangers. Or cette argumentation ne résiste pas à un examen sérieux des faits : Vichy n’a par exemple rien fait pour sauver les juifs français enlevés lors de rafles. Pire : à la lecture des documents nazis, on comprend que tout était affaire de priorité et l’Etat Français (qui pouvait avoir des arrières-pensées mais ne les manifestait pas) n’osait contester l’occupant. De récentes polémiques médiatiques ont pu laisser croire qu’il n’en était rien : c’est faux, disons-le clairement. Sur ce point, Zemmour se trompe. Un historien vaut bien souvent mieux qu’un polémiste…

Un ouvrage à lire !

Sylvain Bonnet

 

Bénédicte Vergez-Chaignon, Les secrets de Vichy, IBSN 978-2-262-02683-7, Perrin, août 2015, 400 pages, 22 €

About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire, auteur de nouvelles et collaborateur de Boojum et ActuSF.