Napoléon et la dernière campagne

Un fin représentant des études napoléoniennes

 Jacques-Olivier Boudon fait partie de la génération d’historiens qui a grandi sous la férule bienveillante du maître des études napoléoniennes françaises, Jean Tulard. On lui doit un Napoléon et l’église, un Roi Jérôme tout à fait pertinent et une série d’ouvrages récents portant sur les dernières campagnes de Napoléon : après Napoléon et la campagne de France 1814, voici l’ultime volume portant, comme attendu, sur les cent jours. Sur le sujet, la compagnie ne manque pas puisqu’Emmanuel de waresquiel et Thierry Lentz ont récemment écrit sur le sujet. Notre historien se place dans leur sillage, comme nous allons le découvrir.

 L’épopée…

 Jacques-Olivier Boudon rend très bien compte de la stupeur des contemporains devant la réussite probablement incroyable de Napoléon en mars 1815. En trois semaines, le corse réussit l’exploit de revenir au pouvoir pratiquement sans tirer un coup de feu, en circonvenant le pouvoir civil et en s’appuyant sur l’armée. Celle-ci était resté nostalgique de l’ex-empereur et une partie du corps des officiers, placé en demi-solde par le gouvernement de Louis XVIII (il y eut d’ailleurs quelques complots, sans que Napoléon en ait eu connaissance), n’attendait qu’une occasion pour se révolter. Revenu aux Tuileries après le départ de Louis XVIII, Napoléon se réinstalle dans son trône… et c’est là que les problèmes commencent !

 … Et les illusions

 Une partie du pays, royaliste, grogne, tandis que l’autre, par peur de la remise en cause des acquis de la Révolution, soutient l’Empereur qui, s’il s’est appuyé sur eux pour revenir, préférerait le soutien des notables : or ceux-ci savent que le régime ne tiendra pas. Pour montrer qu’il reconnait l’esprit du temps, Napoléon demande à Benjamin Constant (qui le traitait de « nouvel Attila » quelques jours plus tôt… la roue tourne, vive les girouettes) de rédiger un acte additionnel aux constitutions de l’Empire, d’essence libérale. Personne ne reconnait ici Napoléon qui accepte de limiter sa propre autorité et de donner du pouvoir à des assemblées (il avait gardé un mauvais souvenir de la Convention. Nouvel échec : les français boudent le plébiscite et les élections législatives font revenir des gens comme La Fayette ou Barère, exécrés par l’Empereur. En sous main, Fouché est à la manœuvre… Enfin et surtout, l’Europe refuse de reconnaître Napoléon.

 La catastrophe

 C’est donc la guerre qui recommence. Jacques-Olivier Boudon retrace avec minutie le travail de Napoléon et de Davout pour recréer une armée française digne de ce nom. Elle franchit la frontière du nord avec l’objectif d’écraser successivement anglais et prussiens. A Ligny, Napoléon bat Blücher mais à Waterloo (plus précisément aux Quatres bras), il est battu… Une défaite de toute façon programmée si on prend en compte la disproportion entre les forces françaises et alliées (plus de 400 000 russes et autrichiens approchaient de la frontière de toute façon). Napoléon rentre à Paris où il sera finalement poussé à l’abdication par les députés (Jean-Paul Bertaud a consacré à ce sujet de très belles pages). La paix imposé à Louis XVIII (qui reprend son trône début juillet) soldera les cent jours les plus chers de l’histoire (dixit Thierry Lentz, jugement auquel souscrit Boudon) : perte de Nice et de la Savoie, occupation d’une partie du territoire et indemnité de 700 millions de francs or. Et pourtant, on ne peut comprendre Napoléon et le XIXième  siècle français sans s’intéresser aux cent jours !

 Excellente synthèse rédigée à l’intention des étudiants, ce livre intéressera aussi tous les amateurs de la période, à l’heure du bicentenaire de Waterloo et constitue un excellent complément à l’ouvrage d’Emmanuel de Waresquiel sur le sujet (Cent jours : la tentation de l’impossible).

 Un fin représentant des études napoléoniennes

 Jacques-Olivier Boudon fait partie de la génération d’historiens qui a grandi sous la férule bienveillante du maître des études napoléoniennes françaises, Jean Tulard. On lui doit un Napoléon et l’église, un Roi Jérôme tout à fait pertinent et une série d’ouvrages récents portant sur les dernières campagnes de Napoléon : après Napoléon et la campagne de France 1814, voici l’ultime volume portant, comme attendu, sur les cent jours. Sur le sujet, la compagnie ne manque pas puisqu’Emmanuel de waresquiel et Thierry Lentz ont récemment écrit sur le sujet. Notre historien se place dans leur sillage, comme nous allons le découvrir.

 L’épopée…

 Jacques-Olivier Boudon rend très bien compte de la stupeur des contemporains devant la réussite probablement incroyable de Napoléon en mars 1815. En trois semaines, le corse réussit l’exploit de revenir au pouvoir pratiquement sans tirer un coup de feu, en circonvenant le pouvoir civil et en s’appuyant sur l’armée. Celle-ci était resté nostalgique de l’ex-empereur et une partie du corps des officiers, placé en demi-solde par le gouvernement de Louis XVIII (il y eut d’ailleurs quelques complots, sans que Napoléon en ait eu connaissance), n’attendait qu’une occasion pour se révolter. Revenu aux Tuileries après le départ de Louis XVIII, Napoléon se réinstalle dans son trône… et c’est là que les problèmes commencent !

 … Et les illusions

 Une partie du pays, royaliste, grogne, tandis que l’autre, par peur de la remise en cause des acquis de la Révolution, soutient l’Empereur qui, s’il s’est appuyé sur eux pour revenir, préférerait le soutien des notables : or ceux-ci savent que le régime ne tiendra pas. Pour montrer qu’il reconnait l’esprit du temps, Napoléon demande à Benjamin Constant (qui le traitait de « nouvel Attila » quelques jours plus tôt… la roue tourne, vive les girouettes) de rédiger un acte additionnel aux constitutions de l’Empire, d’essence libérale. Personne ne reconnait ici Napoléon qui accepte de limiter sa propre autorité et de donner du pouvoir à des assemblées (il avait gardé un mauvais souvenir de la Convention. Nouvel échec : les français boudent le plébiscite et les élections législatives font revenir des gens comme La Fayette ou Barère, exécrés par l’Empereur. En sous main, Fouché est à la manœuvre… Enfin et surtout, l’Europe refuse de reconnaître Napoléon.

 La catastrophe

 C’est donc la guerre qui recommence. Jacques-Olivier Boudon retrace avec minutie le travail de Napoléon et de Davout pour recréer une armée française digne de ce nom. Elle franchit la frontière du nord avec l’objectif d’écraser successivement anglais et prussiens. A Ligny, Napoléon bat Blücher mais à Waterloo (plus précisément aux Quatres bras), il est battu… Une défaite de toute façon programmée si on prend en compte la disproportion entre les forces françaises et alliées (plus de 400 000 russes et autrichiens approchaient de la frontière de toute façon). Napoléon rentre à Paris où il sera finalement poussé à l’abdication par les députés (Jean-Paul Bertaud a consacré à ce sujet de très belles pages). La paix imposé à Louis XVIII (qui reprend son trône début juillet) soldera les cent jours les plus chers de l’histoire (dixit Thierry Lentz, jugement auquel souscrit Boudon) : perte de Nice et de la Savoie, occupation d’une partie du territoire et indemnité de 700 millions de francs or. Et pourtant, on ne peut comprendre Napoléon et le XIXième  siècle français sans s’intéresser aux cent jours !

 Excellente synthèse rédigée à l’intention des étudiants, ce livre intéressera aussi tous les amateurs de la période, à l’heure du bicentenaire de Waterloo et constitue un excellent complément à l’ouvrage d’Emmanuel de Waresquiel sur le sujet (Cent jours : la tentation de l’impossible).

 Sylvain Bonnet

Jacques-Olivier Boudon, Napoléon et la dernière campagne-1815 les cent jours, ISBN 978-2-200-60007-5, Armand colin, mars 2015, 368 pages, 22 €

About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire, auteur de nouvelles et collaborateur de Boojum et ActuSF.