C’est la Révolution qui continue!

Le grand spécialiste de la Restauration

 On ne présente plus Emmanuel de Waresquiel, auteur de biographies de Talleyrand et de Fouché d’ailleurs récompensées. A la suite de Guillaume Bertier de Sauvigny et dans le sillage intellectuel de François Furet, il s’est imposé comme le spécialiste de la période de la Restauration. Déjà auteur avec Benoit Yvert d’une Histoire de la Restauration (Perrin, 1996), il propose ici une étude basé sur des articles publiés dans différentes revues ou sur le web qu’il a refondu et réécrit, avec une idée centrale : la Restauration fut-elle une suite de la Révolution de 1789 ?

 Une période fondatrice de notre modernité

 Dans les années qui suivent la chute de Napoléon, Louis XVIII et son gouvernement laissent s’organiser des débats extrêmement important qui structurent encore notre vie politique et qui portent sur l’instauration de la liberté de la presse, la liberté de réunion, le choix entre décentralisation ou centralisation, le droit aux libertés locales. La personnalité de Louis XVIII, exilé de France de 1791 à 1814, intrigue. Intelligent, sophistiqué, sans illusions sur la nature humaine, voltairien, Louis XVIII, roi jaloux de ses prérogatives et fier de l’ancienneté de sa « race » (entendre famille ici), a joué un rôle positif de pacificateur (sous l’influence aussi de ses conseillers et du duc de Wellington), du moins jusqu’à l’assassinat du duc de Berry. Quant à ses ministres, on découvre au fil de la lecture des personnalités fascinantes : Talleyrand bien sûr mais aussi le duc de Richelieu, Hercule de Serre, Elie Decazes et même l’ultra Villèle. Enfin, deux courants politiques dominent les débats : les « ultras »royalistes – qui paradoxalement contribuent à installer le parlementarisme – et  les libéraux « doctrinaires », avec François Guizot dans leurs rangs. Ces derniers jouent le rôle d’aiguillon vers la « gauche » sur l’échiquier politique et tentent d’adapter les pratiques parlementaires anglaises aux réalités françaises, non sans difficultés.

 Violence de l’époque

 La violence révolutionnaire, en effet, n’a pas disparu. On compte nombre de complots, dont celui de la charbonnerie et des quatre sergents de La Rochelle. L’attentat de 1821 vise quant à lui à « tuer » les Bourbons en faisant disparaître le seul prince susceptible d’engendrer des fils : ce sera un échec avec la naissance du comte de Chambord. En 1825, le sacre de Charles X, critiqué et brocardé, suscita pourtant un engouement et une ferveur qui put faire croire à une monarchie affermie. Mais Charles X et sa famille sont enfermés dans de vieux schémas de pensée qui mèneront tout droit à la Révolution de 1830.

 Saluons en tout cas la nouvelle synthèse que propose Emmanuel de Waresquiel sur cette période.

Sylvain Bonnet

 Emmanuel de Waresquiel, C’est la Révolution qui continue !, Tallandier, ISBN 979-10-210-1598-2, octobre 2015, 432 pages, 23,80 €

About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire, auteur de nouvelles et collaborateur de Boojum et ActuSF.