Wild, de Cheryl Strayed

Lorsque sur un coup de tête, Cheryl Strayed enfile un sac à dos, elle n’a aucune idée de ce qui l’attend. Tout ce qu’elle sait, c’est que sa vie est un désastre. Entre une mère trop aimée, brutalement disparue, un divorce douloureux et un lourd passé de junky, Cheryl vacille. Pour tenir debout et affronter les fantômes de son passé, elle choisit de s’en remettre à la nature et de marcher. Elle part seule pour une randonnée de mille sept cents kilomètres sur le « Chemin des crêtes du Pacifique », un parcours abrupt et sauvage de l’Ouest américain. Elle affronte les rigueurs des déserts et des sommets et se fond dans la beauté grandiose et solitaire des paysages. 

 

Le récit de Cheryl Strayed est une plongée en avant dans l’aventure du chemin. Tout comme Jean-Christophe Rufin et son Immortelle randonnée, elle partage au gré de ce qu’elle a pu glaner dans sa mémoire et ses journaux écrits sur le parcours, tout ce qu’elle a vécu. De l’organisation du sac à dos aux rencontres épatantes qu’elle a pu faire, en passant par les doutes, l’inquiétude et l’émerveillement, l’auteur transmet ce qui a constitué quelques mois de sa vie sur le Pacific Crest Trail.

Une fois encore, ce livre ne peut laisser indifférent : qui n’a pas rêvé de tout plaquer, de partir loin pour revenir mieux ? Qui n’a pas rêvé un jour d’avancer nez au vent, comme l’aurait fait Rimbaud, pour trouver le salut de son âme, peut-être, ou simplement la paix ? Qui n’a pas aspiré à s’éloigner du tumulte quotidien pour se retrouver enfin seul avec lui-même ?

Ce livre parle de tout cela : de cette incapacité à être seul et à vivre, et de cette fuite en avant qui pousse à être encore plus seul pour revenir au monde lavé de toute angoisse. Il parle donc de solitude, de méditation, de reconstruction.

Wild est d’autant plus captivant qu’il est le fruit d’une réflexion menée très jeune, par une jeune femme qui décide de faire ce trajet en affrontant ses peurs, sans avoir le moins du monde imaginé cinq ans plus tôt qu’elle s’engagerait dans une telle aventure. D’un coup de tête, le chemin devient une évidence : elle n’est pas allée vers lui, il l’attendait.

Affronter ses peurs, lorsqu’on est une jeune femme qui voyage d’un bout à l’autre sur un chemin peu fréquenté des Etats Unis à la fin des années 90, c’est quoi ? C’est ne pas paniquer à la vue d’un grizzli, d’un serpent à sonnette. C’est ne pas avoir peur des bonnes comme des mauvaises rencontres. C’est croire en l’humanité des gens que l’on va croiser, tout en gardant en tête la nécessité de la prudence. Adeline en parle très bien sur son blog, (http://www.voyagesetc.fr/conseils-de-voyageuse-solo-fille-pour-filles/).

Quand on cherche un peu plus loin, on trouve un site consacré au chemin, où l’auteur est largement citée comme étant l’une des plus courageuses à l’avoir affronté, sans réelle préparation, d’un bout à l’autre. Il est super bien fait (en anglais) : http://www.pcta.org.

Une chose est sûre : ce livre donne envie de se lancer à son tour. Ou comment utiliser la voie universelle pour retrouver son chemin personnel : et inversement.

Wild, Cheryl Strayed, Editions 10-18, 500 pages environ, 8,80 euros.

About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.