Spartacus, derrière le mythe

Historien de l’armée romaine

 

Yann Le Bohec est un spécialiste de l’histoire militaire de l’antiquité romaine (sa thèse portait sur l’armée romaine d’Afrique). Après s’être penché sur la crise du troisième siècle ou les guerres puniques, il s’attaque ici à la figure de Spartacus. Son idée de l’auteur est d’une part d’essayer de retrouver derrière l’image d’Epinal, façonnée entre autres par les marxistes et Hollywood (au passage, le film de Kubrick est un chef d’œuvre même s’il est faux historiquement), qui fut Spartacus et d’analyser les raisons de ses succès initiaux et de son échec final. Vaste sinécure !

 

Du chef de bande à la menace militaire

 

D’origine thrace, Spartacus a été réduit en esclavage suite à une razzia et n’a pu se faire reconnaître comme homme libre par un tribunal romain. Il s’enfuit d’une école de gladiateurs (tous ne le suivent pas) et organise une armée d’anciens esclaves qui pillent la Campanie. Rome envoie contre lui quelques troupes, battues à plate couture. Car Spartacus se révèle un excellent chef de guerre, un leader qui soumet ses troupes à la discipline et les entraîne régulièrement, à la manière romaine. Ses adversaires pâtissent de leurs préjugés idéologiques (un esclave ne vaut pas un homme libre) et ce mépris leur coûte cher.

 

Excellence de l’outil militaire romain

 

Mais Rome se ressaisit et mobilise ses meilleures légions de citoyens soldats. Spartacus est condamné à une errance violente dans l’Italie du sud, sans pouvoir (le voulait-il ?) rallier les populations à sa cause. Il cherche à affréter des navires pour quitter l’Italie (vers la Thrace ?) mais échoue à en affréter. L’étau des légions se resserre peu à peu, sous l’égide de Crassus (puis de Pompée). Ni libérateur, ni révolutionnaire, Spartacus fut par contre, selon Yann Le Bohec qui s’appuie là sur les auteurs antiques, un chef de guerre talentueux, salué par César en personne. A découvrir.

 

 

Sylvain Bonnet

 

Yann Le Bohec, Spartacus, Tallandier, ISBN 9791021017474, janvier 2016, 224 pages, 17,90 €

About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire, auteur de nouvelles et collaborateur de Boojum et ActuSF.