Les mythes de la seconde guerre mondiale, du nouveau sur les années 1939-45

Deux brillants chercheurs

D’abord, on se doit de présenter les deux anthologistes de cette remarquable somme : Jean Lopez,   directeur de la revue Guerre et Histoire, spécialisée dans l’analyse de l’art militaire durant les siècles,  a publié plusieurs ouvrages sur le front de l’est aux éditions Economica (tous magistraux) et une excellente biographie de Joukov, coécrite avec Lasha Otkhmezuri, grand praticien de la théorie de l’« art opératif » (théorie mis en œuvre par les soviétiques contre les allemands durant la seconde guerre mondiale). Olivier Wieviorka a quant à lui également publié d’excellents ouvrages sur la période de la seconde guerre mondiale, dont une histoire du débarquement et une histoire de la Résistance. Le but de leur livre est simple : battre en brèche nombre d’idées reçues sur le second conflit mondial, tant celui-ci secoue toujours les passions (il n’y a qu’à voir le nombre de sites qui prolifèrent sur internet sur ce sujet).

Idées reçues, idées fausses

L’ouvrage rebat effectivement les cartes grâce aux contributions de plusieurs historiens : non, l’Angleterre n’était pas entièrement derrière Churchill qui l’emporta grâce à son charisme, son extraordinaire leadership (je pèse mes mots) et son éloquence face à une chambre des communes prise parfois d’élans pacifistes. Maurice Vaïsse donne une analyse très fine de la défaite française de 1940 (en tant que nation, nous sommes tous un peu fous depuis 1940) qui n’avait rien d’inéluctable.  Plus tard dans la guerre, nous apprenons que les armes miracles d’Hitler n’étaient en aucune façon en capacité de renverser l’issue de la guerre, en partie d’ailleurs parce que l’industrie germanique n’était pas capable de suivre face aux industries américaines et russo-soviétiques : les ingénieurs allemands perdaient trop de temps à construire des prototypes parfois géniaux, souvent impossibles à produire en série :  dommage pour Richard D.Nolane, scénariste de la série BD Wunderwaffen (mais qu’il continue, son travail est ludique et jouissif). On a la confirmation que le GI ne déméritait pas au combat (contrairement par exemple aux assertions gratuites d’Emmanuel Todd dans son essai Après l’empire), que la Résistance française ne contribua pas autant qu’elle l’aurait voulu à la victoire

Des fronts oubliés

Les mythes de la seconde guerre mondiale permet aussi de réévaluer certains fronts oubliés de l’historiographie : le pacifique par exemple dont Benoit Bihan démontre l’importance pour les Etats-Unis (mais aussi les autres alliés) où l’Italie où l’armée française menée par un stratège talentueux (Juin, qui avait eu la malencontreuse idée de frayer avec Vichy) aida grandement à la victoire du mont Cassin et à la libération de Rome.

Toutes les contributions sont de qualité et l’ouvrage est indispensable pour l’amateur d’histoire de la seconde guerre mondiale

 

 

 

 

Sylvain Bonnet

Olivier Wieviorka et Jean Lopez (sous la direction de), Les mythes de la seconde guerre mondiale, Perrin, septembre 2015, 350 pages, 21 €

About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire, auteur de nouvelles et collaborateur de Boojum et ActuSF.