La guerre d’Indochine, la gloire et le néant

 

Soldat et historien

Officier et historien, Ivan Cadeau nous a déjà donné une excellente synthèse sur la guerre de Corée (où la France envoya un bataillon qui se battit avec courage face à un adversaire très pugnace) et surtout un livre sur la bataille de Diên Biên Phu en 2013. Dans cet ouvrage, l’auteur savait se montrer capable de raconter une bataille en alliant rigueur, pédagogie et clarté, particulièrement dans sa présentation des enjeux tactiques et stratégiques. Le voici de retour avec un livre somme, consacré maintenant à l’ensemble du conflit indochinois.

 

Une colonie lointaine…

 

Ivan Cadeau commence d’abord par nous présenter l’historique de la colonisation française en Indochine. Si Versailles commence à s’intéresser à ces contrées lointaines au 18ième siècle, c’est Napoléon III, mu par des considérations religieuses (protéger les catholiques de Cochinchine) et commerciales (nécessité d’une route commerciale vers l’immense marché chinois et intérêt pour le caoutchouc) qui porte la responsabilité de l’installation française, achevée par Jules Ferry en 1885. L’Indochine française regroupe quatre protectorats (Laos, Cambodge, Annam, Tonkin) et une colonie (la Cochinchine). Cependant, la France devra longtemps faire face à un mouvement de résistance vietnamien qui ne cèdera qu’au début du 20ième siècle. Si la Grande-Bretagne a longtemps fait figure de rival, la France voit, au début des années trente, avec beaucoup de méfiance l’ascension des japonais en Asie. La défaite de 1940 est l’occasion pour ceux-ci de prendre pied en Indochine et d’arracher à l’Amiral Decoux un accord d’association qui instaure une tutelle de fait qui décrédibilise les français auprès des populations. Début 1945, les japonais mettent fin à la présence française en Indochine et proclament l’indépendance. Leur défaite donne à la France de de Gaulle l’occasion de remettre les pieds dans sa colonie… Mais dans quel but ?

 

Une guerre pour quoi faire ?

 

Malgré les efforts de Leclerc, c’est la ligne « dure » de d’Argenlieu qui l’emporte face aux nationalistes et aux communistes d’Hô Chi Minh. Le corps expéditionnaire occupe les villes et les grandes routes mais doit faire face à la guérilla Vietminh, emmenée par un chef d’exception, Giap. Les français comprennent que le contexte a changé, que le retour au statu quo colonial d’avant 1940 est impossible. Mais alors pourquoi faire la guerre ? En fait, Ivan Cadeau démontre très bien que le gouvernement français, empêtré dans la reconstruction de l’économie, n’a aucune stratégie de long terme sur le problème indochinois. Aussi, on repousse la décision et on préfère envoyer un grand chef militaire : après le refus de Juin, de Lattre accepte et redresse une situation très difficile avec un corps expéditionnaire très courageux mais dont le fonctionnement tactique est inadapté face à la guérilla.

 

Peu à peu, le conflit indochinois, simple guerre coloniale, devient une lutte du monde libre contre le communisme mondial. Les Etats-Unis prennent une large part du financement de la guerre à leur charge. Mais la France est à la recherche d’une solution diplomatique : ce sera la conférence de Genève, rendue tragique par la défaite de Dîen Bîen Phu, où Mendès-France réussira avec brio à limiter la casse… on se prend à rêver de ce qui se serait passé si Leclerc l’avait emporté en 1946…. Un excellent livre recommandé à tous.

 

Sylvain Bonnet

 

Ivan Cadeau, La guerre d’Indochine, Tallandier, avril 2015,  ISBN 9791021010192, 624 pages,  26,90 €

About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire, auteur de nouvelles et collaborateur de Boojum et ActuSF.