Le Club des Prédateurs, Mangin & Dupré

Londres 1865.

Tandis que dans leurs clubs les gentlemen font bonne chère, dans leurs usines les enfants des pauvres se tuent au travail.

Tout autour, le brouillard dissimule mal les monstres et les criminels. Jack, un petit ramoneur insoumis, voudrait combattre tous ces prédateurs, et en particulier l’effrayant Bogeyman, le meurtrier de son père.
Le hasard va le rapprocher d’une très jeune héritière, Liz, qui pourrait changer sa vie.
Mais des rues mal famées jusqu’au Club le plus select, leur innocence va laisser place à la pure terreur.

Voici un thriller en 2 tomes. Le premier volet que je viens d’achever, et qui est paru chez Casterman le 27 janvier 2016 est intitulé « The Bogeyman », autrement dit, on y parle d’un Croque-mitaine.

L’ambiance y est assez Coperfieldienne, puisqu’on y retrouve plein de petits gavroches dans une Londres où l’on n’hésite pas à pendre des mineurs, dès lors qu’ils ont été pris en flagrant délit de vol d’une miche de pain, affamés qu’ils étaient. On y rencontre des prêtres qui aiment assez « se servir » des petits enfants, et trouvent dommage qu’on les envoie à l’usine ou à l’échafaud avant l’âge de 16 ans, sa seule consolation étant que le docteur de l’université puisse s’en servir comme terrain de jeu anatomique ensuite.

Présenté comme cela, le livre pourrait paraître peu sérieux, à la limite du comique, tant on y croise de personnages caricaturaux de l’Angleterre du XIXème. Ce serait sans compter sur son ambiance dramatique, et le tempo on ne peut plus juste de l’intrigue, qui vient poignarder le lecteur de ses mystères monstrueux.

Il est rare dans le monde de la BD « accessible » et grand public de découvrir tant de tabous projetés en pleine lumière. Mangin et Dupré nous offrent ici un tome 1 qui aurait pu tout aussi bien être un One shot, avec une chute aussi formidable qu’outrageante, aussi réussie que répugnante. Une seule idée nous assaille tout de suite après : en finir avec cette histoire qui nous hante aussitôt, et nous plonger dans le second tome.

Le Club des Prédateurs, Mangin & Dupré, Casterman, Janvier 2016, 13,95 €

 

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.