Notre Château, de Emmanuel Régniez

Voici un premier roman défendu avec ferveur par l’éditeur qui le publie. A sa réception, il était clairement indiqué qu’il fallait lui porter de l’attention à ce premier opus de Emmanuel Régniez. L’étiquette a frappé mon esprit, le titre a fini de l’intriguer, ainsi que sa quatrième de couverture. Bien évidemment, à la lecture du titre, on ne peut s’empêcher de penser à l’ouvrage inachevé de Kafka « Le Château ».

Voici ce que nous propose le résumé : « Un frère et une soeur vivent reclus depuis des années dans leur maison familiale, qu’ils ont baptisée « Notre château ». Seule la visite hebdomadaire du frère à la librairie du centre ville fait exception à leur isolement volontaire. Et c’est au cours de l’une ces sorties rituelles qu’il aperçoit un jour, stupéfait, sa soeur dans un bus de la ligne 39. C’est inexplicable, il ne peut se l’expliquer. Le cocon protecteur dans lequel ils se sont enfermés depuis vingt ans commence à se fissurer. »

Je me dois d’abord d’expliquer ceci : si une intrigue kafkaïenne, hitcockienne, kubrickienne peut m’attirer, j’aurais pu au bout de trois chapitres laisser tomber le livre à force de voir certaines formules revenir, tourner en rond… mais non. Le narrateur est pris de litanies incontrôlables, remâche les événements dans tous les sens du sens à la manière d’un Beckett malade de Tourette. Ce pourrait être agaçant : c’est fascinant.

L’accent est bien sûr mis sur l’intrigue : que s’est-il réellement passé dans cette famille, au commencement de l’isolement de ces deux frère et soeur, d’où vient le château ? Autant de questions auxquelles il sera difficile de répondre finalement, pour partie. Cependant, je me dois de reconnaître qu’il est plus fascinant encore de se laisser embarquer par les phrases hallucinées du narrateur, dont le charisme s’étoffe et s’échauffe à mesure que l’histoire (quelle histoire ?) se déroule. Plus qu’une intrigue, c’est aussi une ambiance, un mystère qui se dévoile devant nos yeux avides de lecteur plongé dans un monde où les livres ont toute leur place, apportent tout leur mystère.

Nous ne dirons rien de la chute, que chaque lecteur pourra d’ailleurs entendre d’une manière, ou de l’autre. Nous dirons simplement que la fin du roman est aussi réussie que l’est son commencement : une double qualité que l’on reconnaît aux plus grands romans.

Notre Château, Emmanuel Régniez, Le Tripode.

 

About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.