Cruelle, de Florence Dupré

Florence Dupré Latour raconte comment, de son enfance jusqu’à la fin de son adolescence, elle a torturé, mutilé, tué les petits animaux de compagnie qui lui passaient entre les mains. Version trash des Malheurs de Sophie, ce récit est stupéfiant, singulier et plein d’humour. L’auteure est cruelle mais nous renvoie à une vérité universelle : un bambin qui joue, c’est aussi un redoutable prédateur, un Attila ivre de conquêtes et de pouvoir, un savant fou prêt à toutes les expériences…

La narratrice de Cruelle est alitée, et on comprend très vite qu’elle se trouve en convalescence, ou quelque chose d’approchant. Elle semble inquiétée, voir traumatisée par quelque chose. En tant que lecteur, on est tenté quelques minutes de la plaindre. Son récit commence et c’est par chapitres allant de sa toute jeune enfance au début de sa vie d’adulte que nous découvrons la narratrice, ainsi que son histoire personnelle et familiale.

Pourquoi Cruelle ? Parce que nul animal n’échappe à cette prédatrice née. Elle aura tout eu : du hamster au chien en passant par le lapin, la tortue… Personne ne réchappe de cette folle passion de posséder, de ce besoin de pouvoir absolu, de cette soif de souffrance. Si le livre est cruel, c’est d’abord parce qu’il rapport une histoire à la manière d’un conte, que l’on y découvre la cruauté des enfants d’abord, puis celle des adultes : c’est à ce moment qu’un instant l’esprit vascille… est-ce héréditaire ? Devient-on cruel parce que c’est inné ou malgré soi apprend-on la cruauté de celui qui nous protège, à sa façon ?

Le vertige est plus grand encore, malgré les rires qui assaillent parfois le lecteur, quand il découvre à la fin de l’ouvrage que cette bande dessinée est inspirée de la vie de l’auteur. Bizarrement… cela ne donne pas très envie d’aller l’interviewer. La chute laisse rêveur : on aimerait une suite, qu’il se passe autre chose, rédemption, purification, ou karma. Comme un désir de vengeance qui reste inassouvi… ou la soudaine envie d’être cruel à notre tour.

Cruelle, Florence Dupré La Tour, Dargaud, 17,95 €, 204 pages.

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.