Mussolini, un dictateur en guerre: un échec magistral

 

On doit à Max Schiavon, longtemps directeur de la recherche au service historique du ministère de la Défense, deux ouvrages plutôt pointus : Le front d’Orient (Tallandier, 2014) et La guerre du Rif 1925-1926 (éditions Pierre de Taillac, 2016). Il s’attaque ici à la figure de Mussolini et à son action en tant que chef de guerre. Autant le dire tout de suite : les analyses développées ici décoiffent.

 

L’ivresse des succès faciles

 

Max Schiavon commence par présenter la figure de Mussolini, de ses débuts jusqu’à son accession au pouvoir. Il s’en dégage le portrait d’un homme talentueux, politique hors pair et chef d’un parti d’un type nouveau, qui réussit à prendre le pouvoir avec le soutien tacite des élites de l’Italie libérale. Chef du gouvernement, Mussolini décide de laisser une large autonomie à l’armée, sans pour autant la préparer à des conflits futurs. Dans les années 30, il décide de donner la priorité à l’expansion territoriale mais hésite sur le choix de ses alliés : il perçoit l’émergence de l’Allemagne nazie comme un danger et craint qu’Hitler ne revendique le Tyrol. Son action contre l’Ethiopie et les sanctions des démocraties occidentales le poussent cependant à rechercher l’amitié d’Hitler. Il est cependant incapable de voir que la campagne d’Ethiopie a montré certaines faiblesses (ainsi de la logistique) de l’armée italienne. Surtout, Mussolini, jaloux des succès de son allié, va décider de l’imiter en lançant des coups de force, comme en Albanie. Mais l’armée italienne n’est pas l’armée allemande  et cette méthode trouvera ses limites…

 

A la remorque du IIIième Reich

 

Le Duce, en septembre 1939, choisit la neutralité. Si l’industrie italienne fait de bonnes affaires avec la France, Mussolini néglige de préparer son pays à entrer en guerre. Lorsque l’armée italienne lance des opérations dans les Alpes, elle échoue lamentablement à triompher de troupes françaises amoindries mais bien entraînées. A la fin de 1940, Mussolini récidive en lançant ses troupes contre la Grèce… Et c’est l’échec. En Lybie, les anglais battent facilement les italiens. A chaque fois, ce sont les allemands qui sauvent la mise de leurs alliés. Si les soldats italiens, contrairement à une légende tenace, se battent bien, l’armée souffre de ne pas avoir de réel commandement ou d’état-major interarmes : Mussolini l’a voulu ainsi. Sa formation militaire était en effet sommaire et pendant longtemps il n’a pas voulu heurter de front les militaires. De plus, l’alliance avec l’Allemagne nazie heurtait les sentiments de la population et allait contre les intérêts géopolitiques du pays (comme Ciano le note dans ses carnets, une fois revenu de sa germanophilie initiale). A lire et à découvrir.

 

Sylvain Bonnet

 

Max Schiavon, Mussolini chef de guerre, Perrin, ISBN  9782262043728, mai 2016, 250 pages, 21 €

About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire, auteur de nouvelles et collaborateur de Boojum et ActuSF.