Lauzun, l’ombre du grand siècle

 

Une vie d’historien dédiée à l’Ancien Régime

Depuis une trentaine d’années, Jean-Christian Petitfils a écrit des biographies remarquables des monarques des 17e et 18e siècles : ainsi les vies du Régent (Fayard, 1986) Louis XIV (Perrin, 1995), Louis XIII (Perrin, 2008), Louis XVI (Perrin, 2005) et Louis XV (Perrin, 2014) ont été passées sous le scalpel de notre historien, à chaque fois avec bonheur pour le lecteur. Petitfils s’est aussi penché sur des évènements, tels l’assassinat d’Henri IV ou l’affaire des poisons (Perrin, 2009). Notre historien s’est aussi intéressé à des femmes, maîtresses de Louis XIV, comme madame de La Vallière ou madame de Montespan, et à des ministres disgraciés comme Fouquet et aussi à un courtisan comme Lauzun. Pour ce dernier, on peut se demander ce qui a bien pu l’intéresser, tant le personnage n’a laissé qu’une trace fort ténue dans l’histoire de France…

Un cadet gascon très ambitieux

Jeune provincial mal dégrossi, Antoine Nompar de Caumont monte à Paris en 1647 et se place sous la protection de son parent le maréchal de Gramont. Celui-ci, militaire prestigieux mais peu glorieux sur les champs de bataille, a suffisamment d’influence pour faire engager dans l’armée le jeune Antoine. Le futur Lauzun deviendra colonel des dragons, gouverneur du Berry car il a su, par son esprit caustique et ses belles manières, attirer la faveur du jeune Roi Louis XIV. Mais Lauzun, coureur de femmes et véritable don juan, voit bientôt la cousine du roi, la grande mademoiselle, fille de Gaston d’Orléans, tomber folle amoureuse de lui. Et Lauzun, le fieffé coquin, va encourager cette passion : bientôt la princesse demande à Louis XIV la permission de l’épouser. D’abord favorable, le roi soleil, sous la pression de sa femme et des princes du sang, retire son consentement.  Lauzun ne sera jamais son cousin…

L’exil et la renaissance

Cette biographie de Petitfils se lit comme un roman ! Lauzun va alors commettre une lourde erreur : il va demander à madame de Montespan d’intercéder en sa faveur pour une place. Celle-ci promet d’en parler au Roi le soir même. Le facétieux gascon, après avoir soudoyé une servante, s’introduit dans la chambre de la maîtresse, se cache sous le lit et écoute tout des échanges entre le Roi et sa maîtresse… qui ne parle pas de la demande de Lauzun. Celui-ci insulte Montespan, provoque la colère du Roi qui l’exile dix ans à Pignerol : Lauzun est en prison, certes dorée, et retrouve une vieille connaissance, Fouquet. On pourrait croire sa carrière finie mais Lauzub rebondit, grâce à la faveur de Mademoiselle qui réussit à le faire libérer. Et il récupérera son lustre en faisant évader la reine d’Angleterre Marie de Modène en 1688 et en participant à une expédition en Irlande en 1690. Le vieux courtisan survivra à son maître et décèdera en 1723.

Pourquoi s’intéresser à Lauzun ? Il n’a rien laissé mais il a inspiré une lettre magnifique à madame de Sévigné, et est un des grands sujets des mémoires de mademoiselle et de ceux de Saint Simon. Lauzun est une ombre du grand siècle, une ombre saisissante dont Petitfils, avec son talent habituel, nous restitue aujourd’hui l’empreinte.

 

 

Sylvain Bonnet

Jean-Christian Petitfils, Lauzun, Tempus Perrin, ISBN 978-2262064020, Octobre 2015, 412 pages, 10 €

About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire, auteur de nouvelles et collaborateur de Boojum et ActuSF.