Michael Cimino, Voyage au bout de la nuit

Le récent décès de Michael Cimino incarne plus que la perte d’un grand nom de l’Histoire du cinéma, mais bel et bien la fin d’une façon de concevoir le septième art, de comprendre sa substantifique moelle et d’en tirer le meilleur. L’échec de La porte du Paradis a bel et bien sonné le glas de l’ère du nouvel Hollywood en sus de la United Artist. Pourtant de cette nouvelle Hollywood, de cette suprématie de l’auteur sur le studio, quels restes subsistent encore aujourd’hui ? Les années soixante-dix ont vu éclore ou bien confirmer des auteurs talentueux mais aussi des génies. Les premiers ont pour noms Spielberg ou Scorsese. Les seconds, Kubrick, Coppola, Leone ou Cimino. Les seconds ont accouché entre 75 et 83 des fresques majeures du cinéma post classique : Barry Lindon, La porte du Paradis, Apocalypse Now ou encore Il était une fois en Amérique ont marqué plusieurs générations de critiques et cinéphiles. Leurs auteurs affichèrent un refus régulier de compromis et ont fortement handicapé leurs relations avec les studios. Cimino en est le symbole vivant, lui l’assistant découvert par Eastwood et qui allait emprunter un voyage comme ses protagonistes de The Deer Hunter aux confins des ténèbres. Mal aimé, maltraité malgré un succès sans précédent après ce même Deer Hunter, Cimino n’a jamais hésité à poser les questions qui dérangent et appuyer là où ça fait mal, au cœur des entrailles du rêve américain, de l’intégration de ses communautés, et de la violence sourde qui habite l’humanité. A l’instar de Kubrick, il savait comme peu d’autres placé son regard à l’extérieur des genres qu’il traitait et parlait d’autres choses, plus essentielles, en d’autres termes se posait comme un auteur hors-norme.

© L. Benoit - Source : Allociné

Après le baroud d’honneur de lAnnée du dragon, il ne sera plus jamais le même, incapable de retrouver le souffle épique qui parcourait ses œuvres. Artiste brisé tel Icare, il appartenait à la race des seigneurs obtus mais élégants, à la fringance étincelante, à l’humanisme jamais tronqué pour la gloire ou l’argent.

Des génies du nouvel Hollywood, seul Coppola est encore là. Et malgré un Tetro réussi, il ne parvient plus à attirer les foules comme par le passé. En revanche, Spielberg et Scorsese remplissent les salles malgré une qualité que l’on est en droit de qualifier d’intermittente.

Mais ils ont su accepter les compromis que leurs aînés n’ont pas su supporter. Il est impossible de ne pas admirer la force de caractère de ces génies dont Cimino représentait l’un des derniers piliers.

Quand on parlera d’opiniâtreté artistique, le nom de Cimino sera toujours associé à cette idée. Et le vide qu’il laisse aujourd’hui va bien au-delà de la perte artistique mais relève bel et bien de la fin d’un homme à jamais fidèle à ses principes. Et c’est cela être un géant…

About François Verstraete

François VERSTRAETE, cinéphile et grand amateur de pop culture