Le new deal français, les origines de la France contemporaine

 

 

Le regard américain sur la France

 

Professeur à l’université de Princeton depuis 1981, Philip Nord a déjà vu deux de ces ouvrages publiés chez nous : Les impressionnistes et la politique (Tallandier, 2009) et Le moment républicain (Armand colin, 2013). Autant dire que, comme pour bon nombre d’historiens américains (citons Robert Paxton, Stanley Hoffman ou Steven Kaplan), la France et son histoire politique constitue le cœur de l’œuvre de Nord. Le New Deal français s’attaque ici à un sujet épineux et passionnant : la réforme de l’Etat et de la société française dans les années 1935-1950.

 

Réformer, coûte que coûte

 

La thèse de l’auteur est simple : un véritable New Deal à la française a eu lieu à la Libération. Ce New Deal repose non seulement sur l’œuvre d’hommes et de partis progressistes mais aussi sur des idées issues de courants de pensées (citons les non-conformistes des années 30 ou les personnalistes chrétiens rassemblés autour d’Emmanuel Mounier) qui ont soutenu Vichy. Ainsi, Philip Nord cite l’exemple de la création de la sécurité sociale par Robert Laroque, un temps fonctionnaire de Vichy, qui a subi l’influence du corporatisme, ou du… cinéma, le CNC étant issue d’une organisation mise en place durant l’occupation. Ici, Nord s’inscrit dans le sillage de travaux antérieurs ou connexes (par exemple Les non-conformistes des années 30 de Jean Loubet del Bayle) et on peut saluer son esprit de synthèse car il balaise des aspects (économie, culture, éducation) avec un brio assez persuasif.

 

Des limites de l’ouvrage

 

D’abord, relevons certains problèmes formels. On relève des erreurs sur les patronymes  (Jean Borotra devient Henri Borotra (?), Robert Lacoste devient René Lacoste) dus soit à une mauvaise relecture, soit à des erreurs de l’auteur. Notons aussi des répétions qui gêne la progression de la lecture. Sur le fond, on se passionne à comprendre l’itinéraire parfois tortueux de certains personnages durant cette période (ainsi de Robert Buron, futur ministre de Mendès-France). Reste que la thèse de l’ouvrage n’est pas nouvelle, particulièrement par rapport à la continuité des élites où aux apports de Vichy dans la reconstruction administrative après 1945 (Jérôme Cotillon a écrit une bonne synthèse sur le sujet, Ce qu’il reste de Vichy, chez Armand Colin). A lire en tout cas.

 

 

Sylvain Bonnet

 

Philip Nord, Le new deal français, Perrin, ISBN 9782262037994, traduit de l’anglais par Michel Bessières, février 2016 452 pages, 25 €

About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire, auteur de nouvelles et collaborateur de Boojum et ActuSF.