Madame de Polignac, l’amie de Marie-Antoinette

La douceur de vivre…

 

Tous les spécialistes de la période s’accordent sur un point : il y a un mythe « Marie-Antoinette », cette reine auréolée de mystère et dotée d’un charme indéfinissable qui la font incarner à merveille la douceur de vivre de la fin de l’Ancien Régime (du moins si on faisait partie de la cour de Versailles) si chère à Talleyrand. Cette auréole rejaillit sur son entourage dont faisait partie la favorite de la Reine, Yolande de Polignac, objet de cette biographie de Nathalie Colas des Francs. Il n’y a qu’à contempler son portrait par Elisabeth Vigée Le Brun (une superbe exposition lui a été consacrée à Paris durant l’hiver 2015) pour voir qu’elle aussi incarnait à merveille cette douceur de vivre. Mais qui était-elle au juste ?

 

Favorite par hasard ?

 

Yolande de Polignac est née Polastron, très ancienne famille noble de Guyenne. Elle perd sa mère à l’âge de trois ans et est élevée par les sœurs du couvent des dames de Panthémont. Gracieuse et naturellement jolie, Yolande attire l’attention d’un de ses cousins, le comte de Vaudreuil. Celui-ci est plus ou moins promis à celle-là mais Vaudreuil, plus âgé et d’une santé fragile, préfère intriguer pour la marier au comte Jules de Polignac, issu d’une famille prestigieuse mais désargentée. A Versailles, Yolande se fait remarquer par le comte d’Artois, frère de Louis XVI et amateur de femmes. Puis en 1775, elle croise la route de la jeune reine Marie-Antoinette. Celle-ci tombe sous le charme de la comtesse de Polignac, qui supplante bientôt la princesse de Lamballe dans le rôle de favorite. Marie-Antoinette, épouse délaissée par un mari maladroit, princesse étrangère qui maîtrise mal les codes de la cour de France, trouve en elle une amie, une compagne joyeuse. Notre biographe démontre en tout cas que la jeune comtesse n’a pas cherché cette faveur qui va beaucoup lui rapporter… Et aussi lui coûter.

 

Victime des calomnies et de la Révolution

 

Yolande de Polignac devient gouvernante des enfants royaux, entre autres faveurs qui lui sont donnés par la reine et aussi le Roi, trop content au final de voir son épouse amie une femme qui la détournent des sorties parisiennes. Au Trianon, loin de la politique et du tumulte parisien, Marie-Antoinette et Yolande s’amusent, jouent à la comédie, rient des bons mots du Prince de Ligne (dont on ne peut que recommander la lecture des mémoires écrites dans un excellent français). Mais les libelles pullulent contre la favorite, imaginant des orgies saphiques avec la Reine ou des débauches avec le comte d’Artois, signe du discrédit de la monarchie dans les années 1780. La peur est telle qu’en juillet 1789 c’est la reine qui pousse son amie à partir. Elles ne se reverront jamais et Yolande mourra en décembre 1793, peu après cette reine qu’elle avait tant aimé. Que retenir d’un tel parcours ? Yolande de Polignac ne méritait pas l’opprobre, elle était loin d’avoir touché en numéraire tout ce que la marquise de Pompadour perçut de Louis XV, par exemple. Yolande de Polignac fut par contre un symbole, voire un mythe de la corruption de la monarchie finissante aux yeux d’une opinion publique excitée par les « Rousseau du ruisseau ». La biographie de Nathalie Colas des Francs vise à rétablir certaines vérités, c’est tout son intérêt.

 

 

 

Sylvain Bonnet

 

Nathalie Colas des Francs, Madame de Polignac, préface de Martial Debriffe, ISBN 9791021019331, Tallandier, juin 2016, 368 pages, 23,90 €

About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire, auteur de nouvelles et collaborateur de Boojum et ActuSF.