Juste la fin du monde, de Xavier Dolan

N’oublie pas que tu vas mourir

Ecrivain prodige, Louis revient dans sa famille, douze ans après l’avoir quittée. C’est le temps des retrouvailles et des disputes, des rancœurs larvées qui ressurgissent alors que Louis n’a plus que quelques jours à vivre.

 Pour Dolan, certaines choses sont indicibles, car dans son univers la vérité est bien plus tranchante que n’importe quel poignard et elle mène bien malgré elle vers un enfer glacial, celui d’une vie sans éclat, rongée par la culpabilité et les regrets. Que l’on soit incapable d’écrire un éloge funèbre pour l’être aimé, que l’on perde sa voix après la perte de son enfant ou encore ici incapable d’annoncer sa mort prochaine à ses proches, Dolan expose la fragilité de tout à chacun, de l’impuissance à briser les entraves du destin, bref de vivre libre.

Tous ces non-dits constituent la force de l’œuvre de Dolan y compris ici, tant la pesanteur des faits et des mots est juste là pour rappeler aux spectateurs une situation inéluctable, irréversible. Dolan reprend ainsi toutes les composantes de la tragédie grecque et de ses protagonistes condamnés par le destin ou par les dieux.

Cependant, il est légitime de penser que Dolan aurait dû persévérer dans le secret de ce mutisme en ajoutant une dose de pudeur et de sobriété, en lieu et place d’un lyrisme exacerbé qui dessert au final son propos. Alors qu’il avait entrepris ce changement bénéfique dans Tom à la ferme, il est revenu à cette forme d’exagération exaspérante des émotions depuis Mommy. Prisonniers ainsi de ce carcan, les acteurs malgré leurs qualités intrinsèques peinent à sortir des sentiers balisés par le cinéaste.

Pourtant les situations prêtent à moult variations de ton, d’interprétations et de subtilités de mise en scène. Le temps des retrouvailles en est le plus bel exemple, tant il démarque l’acidité des actes et des occasions manquées. Malheureusement, à trop appuyer sur la charge émotionnelle, Dolan use et abuse de la finesse d’un bulldozer ce qui dessert trop souvent ses intentions originales.

Force est de constater qu’à vouloir accoucher d’un chef d’œuvre, Dolan érode ses ambitions et est pris à contrepied sa marque de fabrique. Si Juste la fin du monde possède d’indéniables qualités, il manque à son auteur la plus importante pour parvenir à sa finalité : l’humilité…

Film franco-canadien de Xavier Dolan avec Gaspard Ulliel, Nathalie Baye, Léa Seydoux, Vincent Cassel. Durée 1h35. Sortie le 21 septembre 2016

About François Verstraete

François VERSTRAETE, cinéphile et grand amateur de pop culture