Carrier et la terreur nantaise, anachronisme et histoire

 

Un spécialiste de la Révolution et de l’Empire

De Jean-Joël Brégeon, l’amateur de la période aura pu lire sa biographie de Kléber ou celle de la duchesse de Berry. On lui doit également un Napoléon et la guerre d’Espagne très intéressant et un autre ouvrage sur l’année 1812 La paix et la guerre, tous deux chez Perrin. Brégeon a signé aussi d’intéressants articles dans Historia ou la Nouvelle Revue d’Histoire, revue très droitière qui soutient par exemple Reynald Secher, précision qui a son importance, on va y revenir. En 1987, Brégeon avait publié un Carrier et la Terreur nantaise que Perrin réédite ici, avec une postface. Au centre de l’ouvrage, la Terreur jacobine et Jean-Baptiste Carrier, le conventionnel devenu terroriste.

 

Un terroriste révolutionnaire

 

Disons-le tout de suite : on ne va pas ici chercher à réhabiliter l’infâme. La Révolution a eu sa phase terroriste et Carrier, homme sans grand relief, a commis, comme représentant de la Convention à Nantes, de nombreux crimes. Jean-Joël Brégeon a ici écrit la synthèse biographique la plus éclairante sur cet homme et sur un système répressif (car il ne faut pas oublier le rôle de l’armée de Vendée) en pleine action.

 

De l’intérêt et des limites d’une démarche

 

On ne peut donc que regretter que Brégeon sombre dans l’anachronisme et qualifie la répression révolutionnaire contre les vendéens de génocide, s’inscrivant ainsi dans les pas de Reynald Secher qui, dans les années 80, a porté cette idée… Soyons clairs : on peut qualifier les atrocités commises par les « bleus » en Vendée de crimes de guerre, voire de crimes contre l’humanité mais parler de génocide…  Les discours tenus à la convention, l’ampleur de la « répression » sont à remettre dans le contexte de la Révolution de 1793-94. En fait, Brégeon et Secher sombrent dans l’anachronisme, profitant aussi du silence gêné de l’historiographie française sur les crimes commis en Vendée. Dans sa postface, l’auteur, homme intelligent, admet l’anachronisme mais le justifie au nom de raisons spécieuses… C’est bien dommage.

 

 

 

 

Sylvain Bonnet

 

Jean-Joël Brégeon, Carrier et la terreur nantaise, Perrin collection Tempus, ISBN 9782262066161, mai 2016, pages, 9 €

About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire, auteur de nouvelles et collaborateur de Boojum et ActuSF.