Rogue One, de Gareth Edwards

A new hope ?

L’histoire retraçant la quête du commando rebelle chargé de récupérer les plans de la célèbre Death Star

Le matraquage médiatique de ces dernières années ont porté aux nues bon nombre de blockbusters auprès d’un large public, particulièrement en ce qui concerne le cinéma de genre d’Avatar à Avengers, de Batman à Star Trek et récemment justement le dernier Star Wars, le réveil de la force.

Pourtant aux côtés de ces mastodontes, bon nombre de productions indépendantes tout aussi amoureuses du genre ont continué à émerger malgré très souvent l’absence de support publicitaire. Cependant le plébiscite critique voire populaire a permis à certains de sortir de la nasse : Mad Max fury road du vétéran Georges Miller, Kick Ass du turbulent Matthew Vaughn, Super de James Gunn, Dernier train pour Busan, Chronicles ou encore Monsters. Leurs metteurs en scène appelés par les sirènes des studios connurent diverses fortunes échecs cuisants pour les uns (Fantastic Four), réussite mitigée pour d’autres (Godzilla 2014) et triomphe pour les derniers (Guardians of the Galaxy, Kingsman). Mais il est évident que pour chacun d’entre eux, se plier aux volontés des studios et renier même partiellement leur nature n’est point chose aisée surtout quand Disney ou la Fox signent les chèques. Pourtant Disney s’emploie ces dernières années à recruter ce type d’auteur avec des résultats divers. Et le pari est grand lorsqu’ils engagent Gareth Edwards pour ce premier spin off de l’univers Star Wars, son approche du cinéma de genre très posé allant à l’encontre du rythme effrénée qui incombe de plus en plus aux grosses productions. Entre controverse autour de son opus de Godzilla, les rumeurs de reshooting et de l’insatisfaction du studio ne laissaient présager rien de bon autour de ce spin off, si éloigné et pourtant si proche de la célèbre saga.

Pourtant, rien n’aurait laissé entrevoir un tel résultat à l’arrivée tant le film de Gareth Edwards tend à échapper non seulement aux calibres voulus par le studio, mais également aux codes de la saga elle-même. Au lieu de mener l’action tambour battant, il préfère gratifier le spectateur d’une longue exposition et rythme sa narration non pas par plans mais bel et bien par actes. S’il se montre par moments maladroit à force de vouloir trop en faire, il n’hésite pas cependant à transformer son épopée en tragédie grecque, délaissant l’humour parfois trop pesant par le passé mais aussi, et c’est  plus surprenant en désarticulant les codes émotionnels, vidant le lyrisme héroïque de sa substance. En outre, il se détourne du manichéisme simpliste, défaut que l’on reprochait aux autres opus, en affichant une ambiguïté morale bienvenue. A l’arrivée, Edwards livre plutôt un drame guerrier nourri au désespoir, ce qui pourra attirer les foudres de certains fans de la première heure mais aussi de ceux qui lui reprocheraient une volte-face guidée par la facilité intellectuelle. Pourtant, en se détournant des codes du western/wu xia d’origine et en lorgnant bien plus vers le film de guerre et la verve de Robert Aldrich, Edwards signe bel et bien peut être pour la première fois un film dont le titre de Star Wars n’est point usurpé. Quant aux trente dernières minutes, elles relèvent d’un véritable tour de force, tant le cinéaste parvient à retranscrire le paroxysme dramatique guerrier attendu lors d’un spectacle ébouriffant (sans doute le plus abouti depuis Avengers) mais sans jamais céder aux envolées lacrymales ou sentimentales.

Certes la métaphore principale s’inscrit dans la facilité continuelle de la série : des vagues de désespoir naît le plus fol espoir. Mais si on outrepasse ce détail, et malgré les défauts qui subsistent, on ne peut être qu’interpellé voir impressionné par le travail d’Edwards. Si la vision dogmatique des fans pourra rejeter Rogue One, une autre vision, celle de l’amour du cinéma de genre, elle adoptera sans complexe le rejeton d’Edwards. Au-delà du simple produit mercantile plus ou moins bien calibré, le réalisateur accouche finalement d’un film aux enjeux véritables, à la maturité folle, qui fait naître bel et bien un nouvel espoir non seulement pour la franchise mais aussi pour tout un pan du cinéma commercial.

Film américain de Gareth Edwards avec Felicity Jones, Diego Luna, Ben Mendelsohn, Forest Whitaker, Mads Mikkelsen, Donnie Yen. Durée 2h14. Sortie le 14 décembre 2016

About François Verstraete

François VERSTRAETE, cinéphile et grand amateur de pop culture