Marathon de Pascal Silvestre

Il y a un an a paru cet ouvrage dont je n’ai eu connaissance finalement que cette année. J’avais déjà lu l’excellent 42,195 de Bernard Thomasson, Courir de Jean Echenoz, mais j’avais envie de me replonger particulièrement dans l’ambiance du Marathon… au moment où je m’inscrivais moi-même à celui de 2018 à Paris.

Je me suis donc engouffrée avec joie dans les pages de Marathon, qui est un recueil de nouvelles. J’ai été surprise tout d’abord qu’un livre de forme littéraire courte soit consacré à la distance reine, mais il est vrai qu’il y a tant à dire, tant à vivre, et tant d’anecdotes et parcours possibles au sujet du Marathon…

Aussi Pascal Silvestre nous emmène-t-il sur la ligne, ou plutôt dirais-je sur le fil au gré de personnages qui nous rappellent tour à tour nos joies comme nos inquiétudes de runner. On y trouve l’auteur lui-même dans un premier temps, qui raconte sa rencontre avec une ancienne coureuse lors de sorties au jardin du Luxembourg. On y rencontre un « coureur sur le tard », un autre qui subit la blessure de trop, d’autres encore qui font leur premier semi ou marathon. Presque toujours, la ville de Paris est mise à l’honneur bien sûr, et j’avais moi-même l’impression en lisant le livre de retrouver des endroits familiers. On y découvre le travail des bénévoles du semi de Paris, l’engouement, l’attraction même pour le marathon de New-York (et là encore, l’auteur doit y avoir les mêmes habitudes que moi, ce qui est troublant).

Au long de ces nouvelles auxquelles rien ne manque de ce quotidien du runner l’histoire d’amour qui se crée grâce à la course, ou celle qui se termine à cause de cette passion, vient s’ajouter un très fort sentiment de filiation. En effet, c’est un sentiment que l’on ressent très fort à plusieurs endroits du livre : entre le marathonien acharné et désespéré et son compagnon de course, entre le coach et ses apprentis runners, entre une vieille dame et un collectionneur de médailles, entre le père cycliste et son fils préférant courir, il y a ce sentiment de transmission, qui va parfois s’établir par-delà la mort, comme avec ce besoin d’aider les autres à courir et à se dépasser.

Ecrire un livre, créer un site internet voué à conseiller puis fédérer des runners fait aussi partie de ce besoin de partager sa passion. Pascal Silvestre réussit tout cela à la fois, lui dont le record sur Marathon est de 2h39 (Berlin 2005), avec générosité. A lire absolument, que vous soyez passionné par la course à pied ou non.

Marathon, Pascal Silvestre, JC Lattès, mars 2016.

About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.