L’aigle et l’enfant

L’aigle et l’enfant

L’histoire époustouflante de l’amitié entre un garçon nommé Lukas, son aigle Abel et Danzer, le garde forestier. Lukas, un jeune garçon élevé par un père autoritaire, recueille un aiglon tombé du nid. Il nomme son nouveau compagnon Abel et s’en occupe en secret avec l’aide de Danzer. L’aigle et l’enfant s’apprivoisent et grandissent ensemble. Mais, lorsque vient le jour pour Abel de prendre son envol, Lukas parviendra-t-il, lui aussi, à prendre le sien ?

 

Un beau film

Quand on voit L’aigle et l’enfant, Brothers of the Wind de son titre anglo-saxon, on est d’abord submergé par la beauté des images. Il s’agit visiblement ici de mettre la nature à l’honneur, et d’en peindre la beauté à travers de vastes paysages de montagnes peuplés d’animaux sauvages : la martre, la marmotte, le chamois, l’aigle bien sûr dont il est question en tête d’affiche, mais aussi le lapin et le renard se côtoient et sont filmés magnifiquement. Quelques effets spéciaux viennent de surcroît rendre plus accessible encore la naissance d’un aiglon dans le nid de ses parents. On ne peut pas dire le contraire, c’est très beau.

Même ce père qui n’en finit pas de porter le deuil de sa femme en silence, d’enfouir de terribles secrets tout au fond de lui, et qui vient secouer son fils emmuré lui-même dans un silence sauvage, et bien même ce père là, portant un fusil à l’affût du moindre animal sauvage est séduisant, bien qu’un peu caricatural. Son pendant, Jean Réno, décroche lui le rôle du protecteur absolu de la nature. Et ce rôle lui va bien, à lui qui jadis incarna l’effaceur super efficace de Luc Besson. Vieillir leur va parfois bien, à nos acteurs.

 

Une belle histoire

Il s’agit bien sûr d’une belle histoire, d’un conte comme on les aime, où des gens ordinaires se mettent au service de dame nature et de sa faune sauvage, au péril de leur vie parfois, au péril de leur âme. Il s’agit de sauver des animaux, de voir aussi la nature à l’œuvre, ainsi que la chaîne alimentaire (attentions scènes parfois très réalistes) en action. Il est question de liberté, de pardon, d’oubli, de réincarnation, de fraternité, de filiation… à croire qu’il ne manquerait rien à ce film beau comme un bijou recelant aussi chaque saison. Aucune n’est oubliée.

Mais…

Mais une fois encore, il manquera à ce film, et à ses réalisateurs Gerardo Olivares et Otmar Penker la conscience naturiste qui aurait pu faire de ce film un chef d’œuvre, mais qui se transforme par certains aspects en désastre pavé de bonnes intentions. Non, on ne peut pas recueillir un aiglon et en faire son ami, le nourrir, le caresser, lui parler sans travailler immanquablement à son imprégnation, et donc le mettre en danger pour la suite de sa vie. Non, dans ces conditions, il est inutile de penser à le relâcher et lui rendre sa liberté. Et non, il ne faut pas croire qu’un loup voyant un humain pris au piège dans la neige (et hurlant par-dessus le marché) pourrait s’en approcher pour le dévorer. Ca ne se passe pas exactement comme ça dans la vraie vie, et c’est justement tout le mal qu’on peut reprocher aux contes, de Charles Perrault par exemple mais bien d’autres encore. Des Trois petits cochons au Petit chaperon rouge, on a banalisé la prétendue noirceur de certains animaux. Tout est faux. N’y croyez pas. Et s’il faut pour rejeter le laid et le faux rejeter aussi ce qui contient autant de beauté, alors osons le dire et le faire.

Il faut regarder ce film, mais ne pas l’écouter, ne pas le suivre. Plus qu’un conte, c’est un rêve. Parfois bon, parfois mauvais.

L’aigle et l’enfant, de Gerardo Olivares et Otmar Penker, film Autrichien et Espagnol, avec Jean Réno, Tobias Moretti, Manuel Camacho. Et Abel. Vrai ou faux. 6 juillet 2016, 1h37.

About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.