Le vénérable W.

Les racines du mal

Rencontre avec le moine bouddhiste le vénérable W, au cœur du discours islamophobe birman et en plein contraste avec les préceptes de sa propre religion

Cinéaste éclectique,  Barbet Shroeder s’efforce de mettre à nu les affres de l’âme humaine et se penche à chaque film sur les douleurs sociétales de notre monde. Aujourd’hui, avec Le Vénérable W. il parachève sa « trilogie du mal » commencée il y a près de quarante-cinq ans avec le portrait d’Amin Dada puis poursuivie avec celui de jacques Vergès. Son style percutant et précis fait merveille et surtout mouche lorsqu’il expose ses craintes à travers ces deux œuvres. Sa volonté perdure cette fois ci en contant les tristes exploits du moine bouddhiste Wirathu en Birmanie. Pays tenu d’une main de fer par les militaires, la Birmanie est également largement influencée dans sa vie quotidienne par la religion bouddhiste, au point que la population, dépourvue d’une véritable éducation, boive les paroles de ses moines. Or, depuis près de vingt-cinq ans, certains d’entre eux, menés justement par Wirathu ont commencé une campagne islamophobe ségrégationniste, s’appuyant sur des croyances et des à priori, en maniant le spectre de la terreur. Bien qu’ils rechignent à employer toute violence physique, leur discours donne lieu encore aujourd’hui à une croisade persécutrice isolationniste et des débordements aux exactions paroxystiques.

Pourtant, Shroeder ne cède jamais à la facilité dans son exposition. Il use d’un montage minutieux et remarquablement calibré, ne sombrant point dans les ellipses mais au contraire plongeant dans les zones d’ombre et les moindres détails. D’ailleurs il parvient à remonter aux sources du conflit et à pointer du doigt l’effet papillon de la tragédie, quand un événement apparemment isolé provoque un effet boule de neige dévastateur. Le cercle vicieux s’enclenche et on ne sait plus qui est à l’origine de quoi, le début sans fin et la fin sans début. Le résultat est le même au final.

Jamais réducteur, Shroeder réussit un véritable tour de force quand il scrute les abysses de l’âme. Bien que la chute puisse paraître naïve, elle puise sa force dans les fondements mêmes des propos tenus par les belligérants. Mais la solution pacifique tant espérée n’est point pour tout de suite….

Documentaire franco-suisse de Barbet Shroeder avec Barbet Shroeder, Bulle Ogier. Durée 1h40. Sortie le 7 juin 2017

About François Verstraete

François VERSTRAETE, cinéphile et grand amateur de pop culture