Philippe Henriot, la dérive d’une voix

Pierre Brana a beaucoup travaillé sur le courant néo-socialiste, issu de la scission de la SFIO de 1933. Cela l’a certainement conduit à s’intéresser à la figure d’Adrien Marquet, maire de Bordeaux de 1925 à 1944 et figure majeure de la dérive des gauches vers le fascisme. (Atlantica, 2001) Pour cette biographie, il s’était associée à Joëlle Dusseau, auteur d’un livre sur Jules Verne (Perrin, 2005) afin de s’attaquer à une figure singulière de la Collaboration. Ils ont récidivé pour Robert Lacoste, socialiste devenu gouverneur de l’Algérie et partisan des pieds noirs (Fondation Jean Jaurès/L’harmattan, 2010). Notre duo s’attaque maintenant à Philippe Henriot, la voix de Vichy et de sa propagande, assassiné par la Résistance le 28 juin 1944.

 

Un itinéraire singulier

Philippe Henriot est issu d’une branche cadette d’une famille riche, celle des champagnes Henriot. Fils d’un militaire sans gloire, il est envoyé en pension et adopté les codes de son milieu catholique, bordelais et provincial, hostile à la République de plus en plus laïque. Passé ses études à Paris, Henriot devient professeur dans un collège catholique et a des ambitions littéraires. Il publie un roman, sans succès, tout en échappant à la Première guerre mondiale pour raisons de santé (ce qui lui sera reproché plus tard par ses adversaires). Henriot finit par se lancer dans la politique, grâce à l’influence de l’abbé Bergey, figure éminente du catholicisme bordelais. Élu député en 1932, Henriot devient une des voix de la droite ultra française. Il est en pointe lors des évènements du 6 février 1934, défend l’église et devient peu à peu un défenseur de l’Italie fasciste. Henriot reste surtout l’homme du verbe, d’un verbe acerbe et accusateur qui hypnotise son auditoire et lui-même. Reste quà ce stade on ne peut le qualifier de fasciste, il est surtout un homme qui réagit « contre ».

 

La voix de Vichy

Les choses changent après mai-juin 1940, où Philippe Henriot perd son fils. Il se lance à corps perdu dans la collaboration avec l’Allemagne nazie, laisse son fils cadet André s’engager dans la croisade contre l’URSS. Peu à peu, il devient la voix du Régime, profitant de la séduction de son verbe. Il soutient la Milice et rejoint les ultras, ce qui lui vaut de devenir secrétaire d’État à l’information en janvier 1944. Pris par son duel radiophonique avec Londres, Maurice Schumann et Pierre Dac, Henriot s’enivre. Il glorifie l’Allemagne nazie, fustige les bombardements alliés. Il est écouté mais peu entendu. Henriot ou les infortunes du Verbe…

 

Sylvain Bonnet

Pierre Brana & Joëlle Dusseau, Philippe Henriot la voix de la Collaboration, Perrin, avril 2017, 402 pages, 24 €

About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire, auteur de nouvelles et collaborateur de Boojum et ActuSF.