Song To Song

A vide

Les amours entremêlés de deux couples sur la scène musicale d’Austin, le temps d’une chanson.
Il y a déjà bien longtemps Stanley Kubrick clamait de temps à autre préférer Chaplin à Eisenstein ; quand bien même le contenant était important, le contenu se devait être prépondérant. Etrange réflexion d’un cinéaste pourtant obsédé par la forme, le style, sa précision et son inventivité. Mais celui qui fut l’un des artistes majeurs du siècle dernier incarnait justement le paroxysme de son art mieux que personne puisqu’il maîtrisait mieux que quiconque en son temps, la merveilleuse alchimie nécessaire à la fusion entre contenant et contenu. Ces dernières années Terrence Malick fut souvent comparé à tort ou à raison à l’auteur de Barry Lindon. Sa minutie, son sens de l’esthétisme mais aussi du secret ont enchanté bon nombre de cinéphiles. En outre son absence du milieu cinématographique pendant plusieurs dizaines d’années a contribué à son aura, voire sa légende. Consacré par la Palme d’Or pour Tree of Life en 2011, le cinéaste ne cesse depuis pourtant de diviser. Son parti pris perturbe, désarçonne, déçoit.

Depuis A la merveille, il s’est engagé dans un cycle contant l’amour, la passion et ses aspects fugaces à travers des poèmes évanescents au lyrisme exacerbé. Song to Song rejoint ce cycle filmique avec les qualités mais surtout les défauts qu’il comprend. A travers Song to Song, le réalisateur s’essaie à retranscrire l’éphéméride romantique, sa douleur, ses tendances compulsives, ses dérives et son absence de compromis. Tout va vite, on s’aime, on se déchire, les larmes affluent, le temps d’une chanson. Chaque plan est une invitation et une ode à la liberté. Malick use de précision dans le cadre et perfectionne sa mise en scène, n’omettant aucun détail. En revanche, il abuse une nouvelle fois de son montage épileptique, où les scènes s’enchaînent privées de réelle structure narrative. Le long-métrage part alors à la dérive coupé d’un véritable contenu à l’instar de Knight of Cups et surtout A la merveille.

Ses acteurs privés de réelle ligne de dialogue sont dirigés (qui a dit malmenés) par une voix off très souvent exaspérante qui atténue en sus la portée poétique de l’ensemble. Si Malick avait déjà divisé bon nombre de spectateurs avec Tree of Life, le film incarnait pourtant la symbiose mélancolique de la famille et du mythe d’Iggdrasyl. Malgré le message philosophique new age sans intérêt de la chute, il existait une véritable raison d’exister à l’esthétique furieuse de l’œuvre. Depuis, l’essence même du metteur en scène des Moissons du Ciel ne cesse de s’évanouir dans le temps et l’espace des artistes déchus. La vacuité de Song to Song empêche le film de prendre un véritable essor et les images s’oublient aussi vite que les sentiments de protagonistes.

Avec Song to Song, Malick paraît bien incapable de se sortir de la spirale nihiliste qui l’aspire depuis trois films. Pis encore, son cinéma s’effondre lentement sur lui-même. Noyé dans les confins ténébreux de son esprit, celui que l’on comparaît hier encore à Kubrick s’éloigne de plus en plus de son modèle car incapable de saisir la force de ses aînés. Expérimenter c’est bien, le faire avec finalité c’est mieux.

Film américain de Terrence Malick avec Ryan Gosling, Rooney Mara, Michael Fassbender. Durée 2h08. Sortie le 12 juillet 2017.

About François Verstraete

François VERSTRAETE, cinéphile et grand amateur de pop culture