L’ascension du Mont-Blanc, Ludovic Escande

L’ascension du Mont-Blanc, de Ludovic Escande

Quelques raisons auraient du m’empêcher de lire ce livre. Ludovic Escande fait partie du monde de l’édition. Il était donc facile (à priori) de trouver un éditeur pour relater son expérience de débutant en alpinisme. Son aventure démarre parce qu’il vit un moment difficile. L’aventure, en somme, démarre aussi à Paris. Ce lieu m’est proche et familier, et j’aspire plus que tout à découvrir et lire des choses dépaysantes, surprenantes.

Ludovic Escande n’a pas été publié dans la maison où il travaille. Il a été publié chez Allary, une maison d’édition que j’apprécie beaucoup. L’initiateur de son aventure est un écrivain que je suis depuis plusieurs années, je veux parler de Sylvain Tesson. L’un des participants à cette aventure n’est autre que Jean-Christophe Rufin, un autre écrivain que j’admire car il fait partie pour moi de ces écrivains à la langue rare, soignée, érudite qui plus est. Le livre n’a pas les prétentions de la grande maison d’éditions dont l’ombre plane pourtant au coeur des pages. Surtout, il parle d’une véritable aventure, d’alpinisme, de compagnonnage, de changement de direction, d’ascension.

Peut-être n’aurais-je pas lu l’ouvrage sans la présence des deux auteurs dans les parages. Peut-être que si, ma curiosité récente pour l’alpinisme étant très vivace. D’une certaine manière, on n’apprend rien sinon ce que l’on savait déjà au sujet de Sylvain Tesson : son récent accident de toît nous a appris qu’il est le chien fou de ses ouvrages, l’indompté, l’imprévisible. On connaissait moins Jean-Christophe Rufin, hormis par l’humour joueur contenu dans Immortelle randonnée. Celui qui se découvre en exploitant peut-être tous les traits de caractère de ces deux compères, c’est Ludovic Escande. On le devine d’un naturel plutôt réservé. Qui plus est, il est à ce moment de sa vie dépressif, shooté au Xanax, inconsolable et peureux. Qu’est-il donc allé faire dans cette galère, en cette compagnie folle ?

Il est allé, voyez-vous, grimper le plus haut sommet de l’Europe afin de se départir de son vertige, du vertige de la vie peut-être, du vertige de l’avenir. Il est allé apprendre à vivre le moment présent, profiter de l’instant. Il s’est laissé guidé par les guides les plus improbables, mais aussi les plus efficaces en pareille situation. Comment accepter la douleur et la peine sinon en s’oubliant soi-même en tant qu’invidivu ? Quelle meilleure méthode que de se remettre à sa place, affronter un milieu hostile, prendre des risques et découvrir sa propre petitesse au sein d’un paysage vertigineux et somptueux ?

Rien de mieux, dirait-on, pour apprendre à ne plus avoir peur. Il s’agit peut-être de faire un vol, de faire un pas, d’avancer coûte que coûte, de gravir l’impossible et enfin retrouver confiance tout en prenant conscience de sa propre insignifiance au sein du monde.

Outre le fait qu’on donnerait beaucoup pour vivre la même expérience, en pareille compagnie, on découvre ici une écriture empreinte de sincérité généreuse en images, en humour, et en auto dérision. Un très beau moment de lecture.

L’ascension du Mont-Blanc, Ludovic Escande, Allary Editions. 160 pages 16,90€

En librairie depuis le 31/08/2017

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About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.