Les jours comptés (I Giorni Contati), de Elio Petri (1962)

A 53 ans, Cesare Conversi a travaillé toute sa vie avec abnégation. Un jour, il voit mourir dans le tram un homme de son âge. Obsédé par l’approche inexorable de la mort, il s’arrête de travailler afin de profiter de la vie avant qu’il ne soit trop tard…

Ce film de Elio Petri est sorti en 1962. Il l’a réalisé, nous dit-il, parce qu’il est arrivé cette même prise de conscience autrefois à son père, qui était chaudronnier : d’un coup, très fatigué par des années de labeur, il s’est rendu compte que le temps passait et qu’inexorablement sa vie avait probablement défilé puis dérivé ainsi vers sa mort sans qu’il ne s’en rende tout à fait compte. A ce point de la vie, passé la cinquantaine : que reste-t-il à vivre ? Quelle part faut-il encore donner à au travail ? Aux loisirs ? A la vie-même ?

On le comprend, dans l’Italie des années soixante c’était certainement un sujet très difficile à aborder, et surtout de cette façon : le personnage principal s’arrête de travailler pour profiter du temps qu’il lui reste à vivre en toute oisiveté. Se pose la question de l’argent, s’imposent également de multiples jugements. D’abord, ce sont ceux qui travaillent encore qui s’offusquent d’une telle nouvelle : le travail, c’est la santé ! C’est être un homme ! C’est aussi, pour le fils, être à même de subvenir à ses besoins, d’être autonome, de ne dépendre de personne. Aussi, arrêter de travailler apparaît alors comme une faille de l’esprit, bien loin de l’image qu’on se fait d’un italien encore en pleine santé.

Une jeune femme cesse à son tour de travailler : elle est jeune, belle, a de l’avenir et toute la vie devant elle. Le paradoxe entre les deux personnages est fascinant : l’un s’arrête de travailler parce que la mort est peut-être proche, par le mécanisme d’une angoisse irrationnelle. L’autre s’arrête de travailler parce qu’elle a la vie devant elle, qu’elle ne peut penser à la mort à son âge. Parce que c’est une femme, aussi, qui peut se faire entretenir par un homme plus âgé. Profiter de ses dernières forces, profiter de sa jeunesse, qui peut-on blâmer ?

Les jours comptés est tourné de façon à ce qu’on suive entièrement et constamment le personnage dans sa réflexion, dans son cheminement à travers la ville, dans les péripéties, parfois burlesques dans lesquelles il s’empêtre. Un brin de comique vient alors éclairer les heures les plus sombres de cet hommes qui ne sait plus où il va.

Est-ce un hasard si ce film ressemble parfois ou fait penser à la célèbre série La quatrième dimension ? Celle-ci ayant été diffusée de 1959 à 1964 à ses premières heures, il n’est pas interdit de penser que les deux oeuvres portent en elle l’empreinte d’une époque d’après guerre où les hommes, les femmes, commençaient à s’interroger davantage sur l’avenir et le sens de la vie.

Cette version restaurée vient de paraître le 3 octobre 2017 chez Tamasa, http://www.tamasadiffusion.com, avec un livret de 16 pages, Italie – VOST Fr – 1962 – 16/9 – 1,85 – N&B – Mono – 1h39 – Zone 2 – Langue : Italien.

About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.