California Girls, de Simon Liberati

Tout le monde a entendu parler un jour de Charles Manson. A plus forte raison ces derniers temps puisque ce criminel des années 60-70 est décédé en novembre 2017 dans la prison où il séjournait depuis 1969. Il purgeait une peine de prison à perpétuité pour plusieurs crimes commis de sa main, et/ou commis par d’autres sous son influence. Au départ, il était condamné à la peine de mort, mais cette peine a été commuée en prison à perpétuité. Cet homme a suscité et suscite encore une fascination très étrange. Marylin Manson (de son vrai nom Brian Hugh Warner) a choisi ce pseudonyme en référence (en hommage ?) au criminel. A moins que ce ne soit en hommage à l’artiste qu’il fut avant de sombrer dans la folie, et de devenir une sorte de gourou, maître et père incontesté d’une famille du même nom.

Car c’est ainsi que l’histoire devient tristement célèbre. A la fin des années 60, Manson cherche à se venger de Terry Melcher. L’histoire ne tient qu’à un banal refus de signature de contrat en maison de disque semble-t-il. Depuis cet affront, Manson dit « Charlie » échafaude dans sa tête une vie faite de mysticisme et de haine des stars. Il devient le père d’une communauté hippie à laquelle on abandonne tout lorsqu’on y entre. A la fois père (à tous les sens du terme), roi, gourou et sorte de Jésus il règne parfaitement sur cette famille qu’il éduque et entraîne dans ses délires. C’est ainsi qu’il envoie une partie de sa troupe dans la maison autrefois habitée par Terry Melcher (et avant cela, Michèle Morgan) sur les hauteurs de Benedict Canyon. Ils ont pour mission de débarrasser la surface de la terre des habitants de la maison.

Ils ne trouveront pas Terry Melcher, et n’auront d’ailleurs même pas idée de qui ils vont assassiner sauvagement, sans merci. Ils trouveront cependant Sharon Tate, la femme de Roman Polanski, qui lui était parti en tournage à Londres à ce moment-là, ainsi que quelques amis du couple. Sharon Tate est alors âgée de 26 ans et enceinte de 8 mois. A la découverte du lieu du crime, chacun s’accorde et appelle désormais cette place « la maison de l’horreur ».

Il s’agit, si l’on excepte le fait que ces personnages soient tristement célèbres, d’un des pires faits divers qu’aient connu la Californie et le territoire américain ces 60 dernières années. C’est aussi le crime crapuleux qui agite le plus les fantasmes. Peu osent pourtant se frotter réellement à cette histoire. A l’époque, Roman Polanski avait offert une monumentale récompense à qui capturerait l’ensemble des responsables, morts ou vifs.

Simon Liberati, visiblement très imprégné par cette histoire (et non moins fasciné sans doute) en restitue 36h avec brio. Il maîtrise tellement les points de vue de chacun, ceux-ci se mêlant sans qu’on s’en rende compte, sinon par un subtil changement de ton ou de vocabulaire, qu’on a l’impression d’être dans le sinistre décor de la vie de cette curieuse (et mortifère) famille, puis au coeur même du crime. Rien ne permet cependant de pencher ne serait-ce qu’un instant en faveur des criminels : à la différence d’un film ou d’un roman qui feraient toucher du doigt la sensibilité d’un monstre, en le rendant plus humain qu’il n’est connu, ici tout est glaçant, et le lecteur est préservé de la tentation de donner un sens au calvaire des victimes. L’écrivain se garde bien de justifier quoi que ce soit.

Ce n’est ni du voyeurisme, ni de la pornographie : il s’agit là d’un travail remarquable pour approcher au plus près et plonger au coeur d’une histoire pour en dénouer les fils et tenter, sans en saisir tout à fait les motivations, d’en comprendre le mécanisme et l’entière horreur. C’est en tout cas un magnifique travail d’écrivain.

California Girls, de Simon Liberati, Livre de poche, 2017.

About Stéphanie Joly

D'abord critique littéraire dès 2004 pour le Journal de la Culture, puis pour la Presse littéraire. Collabore ensuite au Magazine des Livres, et à Boojum, l'animal littéraire en ligne. Tient un blog depuis 2003. Son nouveau site s'intitule désormais Paris-ci la Culture. Il parle de littérature, toujours, de cinéma, de théâtre, de musique, mais aussi de publicité, de séries TV. En bref : de Culture. Avec Paris-ci la Culture, la Culture a son divan, mais surtout, elle est relayée LIBREMENT. PILC Mag vient compléter le tout presque chaque mois : un magazine gratuit en ligne hébergé sur Calameo.