La grande histoire des guerres de Vendée, la vieille obsession de Buisson

Un auteur controversé

Ah Patrick Buisson ! ancien rédacteur en chef du journal d’extrême-droite Minute, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy et actuel patron de la chaîne Histoire, le moins qu’on puisse dire est qu’il sent le soufre ! son ouvrage La cause du peuple, paru en 2016, était un long pamphlet contre son ancien patron (choqué par la pratique « buissonnière » d’enregistrer tous leurs entretiens, passons). On pouvait ici et là relever les traces d’une idéologie volontiers réactionnaire, souvent sous influence maurrassienne. Notons aussi, pour être juste, le talent de l’auteur ainsi que sa culture. En novembre dernier, certainement en prévision des fêtes de fin d’année, Perrin publia son nouveau livre, La grande histoire des guerres de Vendée, avec une préface de Philippe de Villiers, fondateur du Puy du fou, ancien ministre et ancien député, figure de proue du non à Maastricht aux côtés de Philippe Séguin et Charles Pasqua. On se permettra ici une incise en sa faveur, de Villiers ayant de nombreux talents (dont l’écriture) sans compter un humour corrosif particulièrement réjouissant.

Un beau livre

Avant d’attaquer le fond, on se doit de la parler de la forme. Il s’agit ici d’une très belle édition, avec beau papier et une iconographie très bien fournie. Buisson a choisi des reproductions de tableaux aujourd’hui ignorés, représentant des scènes de la guerre de Vendée, très saisissants. Et aussi très beaux, si on se permet ce jugement esthétique. Et cela compte dans l’achat d’un beau livre, me dit ma très chère mère, attentive à ce genre de détails.

Une thèse plus que contestable

Patrick Buisson choisit de donner un récit chronologique des guerres de Vendée, tout en donnant à chaque fin de chapitre des extraits de mémorialistes ou d’historiens du XIXe siècle (tels Michelet ou Quinet) pour illustrer son propos. Soit. Sur le fond, Buisson, à la suite de Reynald Sécher, est un partisan de la thèse du génocide vendéen. Et là, on ne peut que donner plein d’objections. Buisson donne par exemple une pleine page sur le discours de Bertrand Barère appelant à détruire la Vendée, légitimant les exactions de la soldatesque et en appelant d’autres. Mieux, il prétend que la Convention avait un plan d’extermination… Diantre ! N’en déplaise à notre polémiste, il n’y a pas eu de conférence de Wannsee entre Saint Just, Barère et Robespierre pour décider d’exterminer le « peuple » vendéen…

Le discours révolutionnaire est très dur mais, si on connaît l’époque, il n’est pas si loin du vocabulaire de l’ancien régime, dont tous les orateurs révolutionnaires étaient pétris. Des massacres, il y en eut beaucoup. Des crimes de guerre, il y en a eu aussi beaucoup. Quant aux victimes, même une estimation basse fait frémir. Ajoutons pour finir que cette guerre inspire l’horreur. Mais on pourrait dire que la guerre de Vendée ressemble beaucoup à la guerre d’Espagne, où les soldats de Napoléon affrontèrent les populations civiles dans ce qu’on appelle la « petite guerre ». Et quid alors des guerres de religion au XVIe siècle, où les catholiques massacraient avec une joie insane femmes et enfants protestants ? Et inversement ?

Confondre des crimes de guerre avec un génocide est une grave erreur et banalise au fond les tentatives d’extermination dont les arméniens et les juifs d’Europe ont été les victimes… Ici on sort de l’Histoire pour aller dans le domaine du politique, une vieille obsession de Patrick Buisson…

 

 

 

 

Sylvain Bonnet

Patrick Buisson, La grande histoire des guerres de Vendée, préface de Philippe de Villiers, Perrin, novembre 2017, 300 pages, 29 €

About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire, auteur de nouvelles et collaborateur de Boojum et ActuSF.