Mazarin l’italien, un séducteur infréquentable

Un illustre inconnu

Mazarin… L’homme fut décrié par une historiographie attachée à dépeindre la vie de Louis XIV (même les historiens républicains en furent tributaires), son filleul qui apprit auprès de lui l’art de gouverner. L’intérêt de la biographie d’Olivier Poncet, déjà auteur La France et le pouvoir pontifical (1595-1661) publié à l’école française de Rome, est d’insister sur l’ancrage italien de Mazarin. Voilà un homme d’Etat très à l’aise avec sa double identité !!

A la fois respectable et rebelle

Issu d’une famille d’origine sicilienne, Giulo Mazzarini finit par choisir l’église, après avoir tâté du métier des armes. Là, il réussit à gagner le soutien du pape Urbain VIII qui lui donne le chapeau de cardinal (alors qu’il n’est pas ordonné prêtre, l’époque l’autorisait). Mazarin a appris la politique en Italie, à Rome même. Il y a appris la souplesse, le sens du compromis. Il y a aussi forgé son caractère et sa capacité à faire des choix : partir en France ne fut pas aisé, au moment où l’Europe était plongée en pleine guerre de trente ans. Et la haine qu’il suscita au moment de la Fronde aurait brisé n’importe quel homme : pas lui.

Des deux côtés des Alpes

L’intérêt de cet ouvrages, paru dans la collection « lectures méditerranéennes » est de montrer combien Mazarin a influencé France et Italie. Sa stratégie matrimoniale (via ses neveux et nièces) impliquait par exemple les deux pays. Il acheta aussi à Rome un palais qu’il n’habita jamais (mais qui existe toujours), songea à une élection papale tout en protégeant les protestants en France. Voilà un ouvrage riche et réussi.

 

 

Sylvain Bonnet

Olivier Poncet, Mazarin l’italien, janvier 2018, Tallandier, pages, 21 €

About Sylvain Bonnet

Spécialiste en romans noirs et ouvrages d'Histoire, auteur de nouvelles et collaborateur de Boojum et ActuSF.