Ready player one

On ne joue que trois fois

2045. Pour échapper à une morne vie quotidienne, la population s’adonne aux jeux vidéo par l’intermédiaire de l’OASIS, gigantesque univers virtuel où tout est possible. La mort de James Halliday, inventeur de l’OASIS lance le départ d’une course au trésor avec à la clé, un œuf garantissant le contrôle total de cet univers. Dave Watts, joueur aussi génial qu’introverti se jette alors  corps perdu dans cette quête où les dangers seront autant réels que virtuels.

2018 est décidément prolifique pour certains cinéastes. Ainsi Steven Spielberg sort un second film deux mois après seulement un Pentagon Papers très réussi. Il délaisse cependant le film politique pour retrouver son statut de maître du divertissement qu’il a acquis avec ET, Rencontres du troisième type ou encore la saga Indiana Jones. Il choisit ici d’adapter le roman éponyme d’Ernest Cline, œuvre bourrée de références à la pop culture dont Spielberg est l’un des premiers prophètes. Pour incarner le personnage de Wade Watts, il opte pour Tye Sheridan, découvert par Jeff Nicholls dans MUD. But de l’opération : faire de Ready Player One le film somme d’un courant haï dans les années soixante-dix et quatre-vingt mais plus que jamais tendance aujourd’hui.

Les rapports entre monde vidéoludique et cinéma ne datent pas d’hier d’ailleurs. On se souvient bien sûr de l’insipide Tron mais également plus récemment du maladroit Existenz de David Cronenberg et du vertigineux Avalon de Mamoru Oshii. C’est dans l’esprit de ce même Avalon que Spielberg place ses protagonistes. Voulant s’émanciper du réel en voulant être n’importe qui sauf eux-mêmes, les personnages s’adonnent à la passion du jeu, parfois jusqu’à en mourir,  mais toujours à la recherche du St Graal qui les délivrera de leur triste destinée. Pour faire vivre cet univers, Spielberg cite allègrement tous les éléments qui ont fait la gloire de la culture geek ces trente dernières années (enfin selon la politique de droits à l’image en vigueur). De Doom à Shining, d’Akira à Gundam en passant même par Excalibur, tout y passe, certains diraient même jusqu’à la nausée. Le spectateur se prend au jeu de déceler toutes les références qui ont bercé enfance, adolescence et même âge adulte. A l’heure du succès de Stranger Things, Ready Player One existe bien pour incarner ce vent de nostalgie qui fleurit depuis quelques temps déjà. Reprenant les archétypes dignes d’un jeu vidéo pour donner de la consistance à ses protagonistes, le metteur en scène désire avant tout des limites simples, voire manichéennes à l’extrême.

Et c’est là que le bât blesse. Ready Player One malgré son agréable plumage, ne possède ni véritable personnalité et encore moins de profondeur. S’il tente de décrire un univers dystopique ravagé par la misère et la finance, il n’use jamais de la finesse de ses grands films politiques. A trop vouloir jouer des clins d’œil pour caresser un public averti dans le bon sens, il oublie de s’atteler à la mise en scène de son sujet. Pis encore, le long métrage ne transporte finalement pas malgré un grand renfort d’effets visuels, dans cet OASIS aussi vaine que la démesure qu’elle est censée incarner.

Jamais à court d’idées pour essayer d’émerveiller mais n’y parvenant jamais vraiment, Ready Player One s’avère au final un melting pot incongru sans but véritable. Agaçant à défaut d’être réellement divertissant, le film rejoint les pires échecs de son auteur des Goonies à Jurassic Park 2. Animé par des intentions plus racoleuses qu’honorables, Ready Player One ne possède en aucun cas la puissance évocatrice annoncée au départ.

Film américain de Steven Spielberg avec Tye Sheridan, Olivia Cooke, Ben Mendelsohn. Durée 2h20. Sortie le 28 mars 2018

About François Verstraete

François VERSTRAETE, cinéphile et grand amateur de pop culture